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Prévention

Tendre l'oreille à la prévention

13 mars 2019 |

Prévention
22e Journée nationale de l'audition, JNA

Moral, humeur, stress, fatigue et lassitude, concentration, qualité du sommeil, maux de tête : la perte de l'audition altère déjà la qualité de vie de 16 % des Français. A l'occasion de la journée nationale de l'audition, un récent sondage Ifop pointe du doigt l'explosion des acouphènes ressentis par les 15-17 ans.

Impossible de faire la sourde oreille face aux résultats de l'enquête JNA-Ifop 2019 dévoilés ce 14 mars, 22édition de la journée nationale de l'audition. L'occasion pour le professeur Jean-Luc Puel, président de l'association JNA, de mesurer l'ampleur du problème. Selon ce directeur de recherche à l'Inserm, qui exerce au sein de l'institut des neurosciences à Montpellier, 16 % de la population française et la moitié des personnes de plus de 65 ans souffriraient aujourd'hui de surdité ou d'acouphènes. Des sifflements, grésillements ou bien encore bourdonnements qui ne sont pas causés par un bruit extérieur, mais deviennent insidieusement un handicap au fil du temps pour celles et ceux qui le subissent au quotidien.

Sortir du déni face à la surdité

Fatigue, irritabilité, lassitude, perte de moral, difficultés d'endormissement figurent parmi les principaux signes d'alerte auxquels il convient d'être bien plus attentif. En interrogeant un échantillon représentatif de la population française d'un millier de personnes du 5 au 7 février 2019, l'Ifop estime que 79 % des Français qualifient pourtant leur audition de bonne, voire très bonne. Un niveau de satisfaction qui grimpe même à 89 % chez les 15-17 ans.

Paradoxalement, c'est précisément chez les 15-24 ans que les conclusions de ce sondage s'avèrent plus préoccupantes, pointant notamment du doigt une forte hausse des acouphènes ressentis par 65 % des 15-17 ans et 59 % des 18-24 ans. Des difficultés enregistrées notamment dans les espaces publics, au téléphone et dans les transports en commun.

Plus de la moitié des personnes interrogées affirme avoir régulièrement des difficultés à suivre des conversations et c'est précisément à ce stade qu'il convient de s'en inquiéter. Jean-Luc Puel explique que lorsque ces désordres touchent à la fréquence du langage, la personne ne comprend plus et cela signifie surtout qu'elle a déjà perdu 50% de sa capacité auditive.

Longtemps dissimulée, la perte d'audition ternit d'abord l'image de soi, se heurte au refus d'accepter son handicap ou son âge, tout simplement. Un diagnostic et un appareillage le plus tôt possible permettent pourtant de réduire l'ampleur de la surdité.

Eviter à tout prix les "appareils tiroirs"

Les efforts déployés aujourd'hui pour offrir sur le marché des solutions avec un reste à charge zéro pour les patients, devraient faciliter ces soins. La question de l'acceptation de la surdité reste entière pourtant. Pour éviter à tout prix les "appareils tiroirs" que les patients ne portent finalement pas, l'audioprothésiste Philippe Metzger et le sociologue Rémi Oudghiri proposent de bannir le terme de prothèse auditive. « C'est une aide, un assistant d'écoute à adopter pour conserver avant tout ce lien social totalement indispensable à la bonne santé mentale » souligne l'ORL Alain Londero en affirmant que dans ce domaine, «nous ne sommes pas les champions de la prévention.» Cette campagne intitulée «Les oreilles au coeur de ma santé : et si c'était vrai ?» entend pourtant relever ce défi. Brider son téléphone à 85, voire 100 dB maximum, préférer les casques aux écouteurs, éviter au maximum le travail prolongé en open space, permettraient déjà de limiter les dégâts. Pour le médecin généraliste François Baumann, expert sur le burnout, prendre soin de sa santé auditive passe aussi par le repos cochléaire.

 « Sur l'autoroute, les automobilistes font volontiers une pause toutes les deux heures. Nos oreilles méritent aussi ce repos, en limitant l'intensité et les durées d'écoute,» insiste-t-il.

Sans affirmer que le silence est d'or, les qualités réparatrices de phases plus calmes seraient sans aucun doute d'un grand bénéfice pour la santé.

Laurence Mauduit

 

 

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