5 min

Prévention

Téléconsultations et futures mamans confinées

23 avril 2020 |

Prévention

Préparations à l'accouchement, suivis gynécologiques. Quelles sont les forces et les faiblesses des téléconsultations en plein confinement ?

Le décollage des téléconsultations sera-t-il l'un des effets collatéraux de l'épidémie de coronavirus ? Cela semble en prendre le chemin. En un mois, ces consultations à distance ont bondi de près de 40% et pas seulement pour échanger avec les médecins généralistes. Les sages-femmes s'en emparent aussi. Isabelle Martel, sage-femme au sud de Rennes développe cette nouvelle activité pour resserrer les liens avec les futures mamans confinées.Témoignage.

L'accouchement n'attend pas et en plein confinement la préparation à la naissance doit être assurée. Mais les futures mamans redoublent d'inquiétude. Afin de renforcer la lutte contre la propagation du coronavirus, Olivier Véran avait annoncé dès dimanche 8 mars la signature de deux décrets pour, d'une part, assouplir l'accès à la téléconsultation et, d'autre part, déplafonner les heures supplémentaires à l'hôpital. Les sages-femmes se sont rapidement emparées de cette nouvelle façon d'exercer. 

Décrire les postures et mouvements pour se soulager et se préparer à l'accouchement relève parfois d'une prouesse devant un écran, mais on s'adapte, confie Isabelle Martel

Elle estime qu'en plein confinement il s'agit pourtant d'un bon outil, facile à mettre en oeuvre pour éviter les contaminations. "Les futures mamans sont rassurées que de nouvelles mesures soient prises pour renforcer leur sécurité comme celle de leur bébé," affirme Isabelle Martel.

Eviter à tout prix les ruptures de prise en charge

Dès l'arrivée de l'épidémie, il leur a été demandé d'espacer les consultations et de ne prendre que les rendez-vous absolument nécessaires. Parmi les consultations dites non urgentes figuraient celles consacrées à la préparation à la naissance, l'entretien prénatal, le bilan prénatal et les questions de renouvellement de pilules ou de contraception. "Les femmes ne pouvaient pas attendre la fin de l'épidémie pour obtenir des réponses par rapport à leur suivi gynécologique," reconnaît la sage-femme prête à les accompagner y compris dans le recours à l'IVG et d'éviter les ruptures de prises en charge. "Dans ce contexte intédit, il a fallu s'adapter pour soutenir les femmes à un moment de leur vie où beaucoup de choses changent, y compris pour la surveillance des nouveaux nés au moment du retour à domicile," poursuit Isabelle Martel.

7 à 8 visio-consultations quotidiennes

"Pour les femmes dont j'assurais déjà le suivi médical de grossesse, ces nouvelles relations se sont installées tout naturellement sans poser le moindre problème. J'avais déjà l'habitude d'échanger par SMS pour répondre aux interrogations des futures mamans. L'arrêt du jour au lendemain des consultations de préparation à la naissance ou du retour précoce à domicile ont fait basculer beaucoup de patientes vers les visio-consultations", explique la sage-femme qui reçoit virtuellement désormais 7 à 8 patientes tous les jours. 

Un nouveau type d'échanges selon elle, très bien accueilli par les patientes. Ces téléconsultations lui paraissent aussi un gain de temps. "Mon agenda en ligne désormais partagé avec les structures hospitalières rennaises témoigne aussi des efforts à poursuivre pour mieux faciliter les échanges entre la ville et l'hôpital," espère Isabelle Martel. Des liens qu'elle souhaite encore renforcer, et cette crise lui semble une bonne occasion de resserrer les liens entre les hospitaliers et les praticiens de ville.

Un frein dans le lien à l'autre ?

"Ces échanges sont rapides et très pratiques dans le contexte que nous traversons, mais certains paramètres restent difficilement évaluables en téléconsultation. Derrière un écran, le sujet des violences est bien plus difficile à aborder. J'ai l'impression que des choses perçues à proximité de la patiente nous échappent," confie cette sage-femme. "La téléconsultation fige la relation, c'est finalement très froid et je me suis aperçue que cela peut rapidement devenir un frein dans le lien à l'autre," regrette-t-elle.

Rassurer une patiente inquiète, voire angoissée, lui paraît bien plus difficile. "Dès qu'il faut prendre une tension ou réaliser un examen, on ajoute une consultation derrière une téléconsultation pour être certaine de ne pas être passée à côté de quelque chose d'important au moindre doute. Alors franchement aujourd'hui, je ne sais pas si la téléconsultation deviendra un jour la règle, mais j'estime que cette évolution dans notre exercice n'est sans doute pas non plus qu'une parenthèse", affirme Isabelle Martel.

Pour une contraception chez une patiente sans facteur de risques particulier, cela lui paraît idéal, mais elle se montre finalement plus réservée sur la préparation à la naissance pour travailler les postures et les positions pour soulager.

Des inégalités au grand jour

Si cela devait finalement à l'avenir se généraliser, elle redoute aussi quelques effets secondaires liés à la fracture numérique qui révèle au grand jour de fortes inégalités dont pâtiraient d'abord les femmes les plus fragiles. "Il faut les moyens matériels d'y avoir accès et les femmes suivies en PMI qui en auraient grandement besoin. Celles qui en ont connaissance sont effrayées de ne pas pouvoir le faire, car elles ont peur de se rendre dans les hôpitaux à l'heure actuelle. L'isolement des populations les plus fragiles reste selon moi, la grande limite de la téléconsultation. Sans portable ni smartphone, ces patientes fragiles sont aussi celles qui ont le moins de facilités à se déplacer," conclut cette sage-femme sur le terrain.

Laurence Mauduit

 

 

 

 

mnh mag | newsletter

Suivez toute l’actualité de la MNH !

The subscriber's email address.

En validant votre email, vous acceptez de recevoir la newsletter « MNH mag »

Vous pourrez facilement vous désinscrire à tout moment via les liens de désinscriptions présents dans chacun de nos mails.

 

banniere-bas.pngsite mnhEspace adhérent