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Prévention

SIDA : le combat continue

18 juin 2018 |

Prévention
Professeur Christine Rouzioux

Pr Christine Rouzioux, Professeur des Universités-Praticien Hospitalier, directrice de recherche à l'université Paris Descartes et du laboratoire de Virologie de l'Hôpital Necker, membre du Conseil National du Sida et des Hépatites Virales.

Gagnant sur le dépistage, gagnant pour limiter l'épidémie

En insistant sur le manque d'information des plus jeunes, le Pr Christine Rouzioux qui pilote le comité scientifique du journaldusida.org se dit préoccupée par les nouvelles drogues dites récréatives et lance un appel pour diffuser des messages sans relâche vers les jeunes, les adolescents et les homosexuels masculins. Interview pour MNH mag.

Mieux traité, pourquoi le Sida reste-t-il une crainte aujourd'hui ?

Il est assez préoccupant de constater que la notion de Sida s'est clairement banalisée. Les jeunes pensent que ce n'est plus grave depuis que l'on n'en meurt plus. Il faut pourtant le traiter à vie avec des médicaments lourds et difficiles. Nous faisons le constat d'un risque d'infection accru par une éducation à la sexualité très faible et particulièrement mal encadrée. Les réseaux sociaux et les sites pornographiques ne le facilitent pas, laissant place à la désinformation tant sur les infections sexuellement transmissibles que sur le VIH/Sida. Le Conseil National du Sida préconise de renforcer ces informations qui doivent être plus claires, s'adresser à un public plus jeune y compris en milieu scolaire où il ne se passe rien à l'heure actuelle. Ce que nous mesurons aujourd'hui est particulièrement problématique, car l'épidémie continue de progresser et toute nouvelle infection est un vrai échec.

Les réseaux sociaux et les sites pornographiques laissent place à la désinformation tant sur les infections sexuellement transmissibles que sur le VIH/Sida.

Les infections continuent-elle de progresser ?

Les contaminations ont fait un bond de 24 % depuis 2007 et nous savons que cela concerne en priorité le milieu homosexuel masculin, avec un niveau de prévalence de 14 % à Paris. Nous sommes particulièrement inquiets puisque, en comparaison, la prévalence en population générale au Sénégal est de l'ordre de 4 %. On voit cette infection progresser notamment chez ceux qui ont de multiples partenaires et donc un haut risque d'exposition. Il faut vraiment diriger nos recommandations de prévention et de traitements vers cette population en priorité. De nouveaux modes de prévention par la prise de traitements de pré-exposition sont maintenant disponibles. Associés à l'utilisation de préservatifs et à l'accès au dépistage régulier, ils constituent plusieurs possibilités de prévention du VIH et des IST. Ceci est un vrai rempart pour les sujets non infectés.

Sait-on aujourd'hui comment stopper sa transmission ?

On sait désormais que toutes les personnes séropositives doivent recevoir un traitement y compris en début d'infection, de façon à bloquer l'évolution vers un sida. De plus, les traitements réduisent complètement le risque de transmission sexuelle du virus. Ils induisent donc à la fois un bénéfice collectif en protégeant les partenaires. En traitant tous les sujets infectés, on pourrait couper court à l'extension de l'épidémie. Il convient donc d'accentuer la prévention auprès des personnes séronégatives, de dépister les séropositifs avec des campagnes de dépistages bien ciblées accompagnées d'informations et de conseils. On sait clairement ce qu'il faudrait faire et c'est déjà énorme. Plus on traite tôt, mieux c'est et tout le monde sera gagnant.

Quel rôle conserve le Sidaction dans cette mobilisation ?

Ce Sidaction se révèle indispensable pour relancer l'information chaque année au niveau national et garantir une remobilisation, en particulier chez les jeunes. Leur parler d'homosexualité reste toujours délicat, mais c'est à la fois tellement important de s'adresser à eux en priorité. Chez les toxicomanes réguliers, l'épidémie semble désormais bien contrôlée, car ils sont relativement bien encadrés. Les nouvelles épidémies liées à l'usage des drogues dites récréatives, qui sont très souvent associées à des prises de risque, nous préoccupent davantage. L'information du Sidaction, comme l'avis du Conseil National du Sida, ciblés vers les jeunes et les adolescents sont bien passés et nous ont semblé particulièrement percutants. Finalement le Sidaction et le Conseil National du Sida se rejoignent dans ce même combat à mener en priorité vers les jeunes qui manquent d'informations.

Les nouvelles épidémies liées à l'usage des drogues dites récréatives, très souvent associées à des prises de risque, restent très préoccupantes.

A quoi vont servir ces moyens collectés ?

Avec un peu plus de 4 millions d'euros récoltés cette année, ce Sidaction est marqué par des messages importants tournés vers les jeunes, plutôt bien perçus sur les sites en province où l'opération a été très bien suivie. Ces moyens vont naturellement être dédiés en priorité à la recherche pour renforcer notamment les bourses d'études sur le VIH-Sida. Ces dotations doivent aussi soutenir des programmes de recherche prioritaires, particulièrement bien construits dont l'intérêt est reconnu par la communauté scientifique. Des projets et des bourses de recherche où nous fondons de multiples espoirs pour former une communauté de chercheurs dédiés. Ces fonds vont aussi nous permettre de soutenir les actions communautaires des associations appelées à ajuster leurs priorités et leurs nouvelles activités, autour de réels besoins et des jeunes. L'accès aux soins et aux traitements pour les plus précaires restent une priorité et permet de cibler des communautés auprès desquelles le travail associatif demeure extrêmement important, car le ministère et les municipalités ne sont pas toujours au rendez-vous, y compris dans les grandes villes comme Paris. Les opérations de dépistage, par exemple celles menées dans le quartier du Marais, me paraissent des initiatives particulièrement intéressantes, aujourd'hui mieux relayées par les pouvoirs publics. Des campagnes, telles que celles menées par Paris sans Sida, vont sans aucun doute nous aider à faciliter l'accès à l'information, au dépistage et aux traitements.

Propos recueillis par Laurence Mauduit

 

 

Le Journal du Sida (JDS), fondé par Arcat, a proposé de 1988 à 2013 une information indépendante sur le VIH/Sida au service de toutes les personnes concernées par la lutte contre l'épidémie. Ses archives -227 numéros du journal- témoignent de presque trois décennies de lutte qui ont révolutionné les rapports entre médecins et patients, chercheurs et associations, et fait émerger le concept de démocratie sanitaire.

 

 

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