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Prévention

Pour ne plus prendre l'obésité à la légère

4 juin 2018 |

Prévention
Journée européenne de l'obésité

Des conférences, cours d'activités physiques, des ateliers culinaires et des stands ont été proposés en mai dernier par des associations et des hôpitaux petits et grands à travers toute la France. Une trentaine de manifestations organisées en collaboration avec le collectif national des associations d'obèses (CNAO) pour sortir de l'ombre cette pathologie chronique qui concerne déjà plus de 7 millions de patients.

"Qui aujourd'hui pourrait dire qu'une personne diabétique ou souffrant d'insuffisance cardiaque n'est pas malade ? Dans bien des cas, ces patients partagent aussi l'immense souffrance de l'obésité. Alors, pourquoi continuer à laisser penser qu'il suffit d'une négligence, d'un choix de vie alors que l''obésité est une maladie chronique totalement désertée pour la prévention ?"  s'interroge Anne-Sophie Joly, présidente du collectif national des associations d'obèses.

Anne-Sophie Joly
Anne-Sophie Joly, présidente du CNAO

"Nous bataillons pour faire reconnaître l'obésité comme une maladie, ce qui n'est pas toujours le cas," déplore Anne-Sophie Joly. En organisant une vaste mobilisation à l'occasion de la 9e journée de l'obésité des 18 et 19 mai derniers, en collaboration avec l'association européenne d'études de l'obésité, le CNAO rappelle que l'obésité est trop souvent laissée de côté y compris par les soignants, en traitant les pathologies associées, mais pas l'obésité en elle-même.

En France, une personne sur deux est aujourd'hui considérée soit en surpoids, soit en obésité avec de lourdes conséquences telles que le diabète, l'hypertension artérielle et de nombreuses complications vasculaires.

Remettre les patients sur les bons rails

"Ce changement de posture des infirmiers nous paraît essentiel pour changer le regard du grand public sur l'obésité" affirme Anne-Sophie Joly. L'occasion aussi de remettre en cause les régimes proposés tous azimuts qui ne permettent pas de soigner cette maladie. Anne-Sophie Joly espère surtout la multiplication d'équipes pluridisciplinaires mobilisées sur l'obésité et dénonce l'absence de son enseignement.

"Dans les facultés de médecine, la seule heure de formation en nutrition proposée reste partout facultative, en dehors de la Pitié-Salpêtrière où elle est obligatoire," s'insurge Anne-Sophie Joly, qui croit davantage à l'utilité de mobiliser avant tout les paramédicaux au cœur de la chaîne de soins. "Les infirmières tiennent ce rôle de proximité tellement fondamental avec une facilité d'accès et d'écoute bien plus importante que celle des médecins," poursuit Anne-Sophie Joly. Une approche qui les place au centre du dispositif pour remettre le patient sur les bons rails dans le système de soins. "C'est très précisément ce dont nous avons le plus besoin pour faciliter les prises en charge des 7 millions de Français obèses dont plus de 500 000 sont atteints d'une forme sévère ou morbide," clame Anne-Sophie Joly qui hésite à intervenir devant des élèves infirmières de la deuxième année, comme cela vient d'être le cas au centre hospitalier de Gonesse.

Le surpoids et l'obésité génèrent 17 pathologies associées, alors qu'au moment où la CNAM annonce qu'un Français sur trois est atteint d'une pathologie chronique, le collectif national des associations d'obèses rappelle que 7 millions de patients sont atteints d'obésité en France, avec une nette recrudescence dans le nord, une partie du sud de la France ou bien dans les DOM-TOM.

Passer du déni à la priorité de santé publique absolue

Alors pour faire bouger les lignes, le Collectif national des associations d'obèses s'appuie sur le dernier plan obésité qui remonte à 2010/2013 pour retravailler avec le ministère des Solidarités et de la Santé. Il s'agit avant tout d'améliorer tant le dépistage que le suivi de ces patients de plus en plus nombreux. "Les obèses méritent plus de considération et des solutions mises en œuvre par des équipes de professionnels formés, car l'étendue de problèmes graves de surpoids impose des prises en charge qui vont bien au-delà du bricolage," lance Anne-Sophie Joly. Suite aux états généraux de l'alimentation auxquels le CAO a pu participer en rejoignant le Conseil National de l'Alimentation (CNA), les experts tombent d'accord pour mettre en place rapidement des circuits courts pour manger sain, avec des aliments beaucoup moins transformés, sans additifs, moins de sel, de sucre, de gras. Il est aussi indispensable de pouvoir donner le plus tôt possible une information à la fois pratique, simple, mais aussi non anxiogène et non stigmatisante à la population  concernée. "Les obèses sont les premiers à vouloir devenir acteur de leur santé à condition qu'on leur en donne les moyens," conclut Anne-Sophie Joly.

 

Laurence Mauduit

 

Toutes initiatives dans le cadre de cette journée européenne de l'obésité sur le site du CNAO

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