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Prévention

Le moteur du dépistage pour établir le lien

22 novembre 2019 |

Prévention
ADH, Journée éthique ADH, Vincent Prévoteau

Journée du diabète, mardi de la santé, mars bleu, octobre rose : les soignants mettent à la fois de l'engagement et beaucoup d'enthousiasme pour développer la prévention dont l'hôpital est devenu le principal moteur. Des activités croissantes pas assez reconnues qui redonnent pourtant du sens aux métiers du soin et génèrent aussi des économies pour le système de santé.

La prévention s'impose

« Après le soin, l'enseignement et la recherche, la prévention s'impose aujourd'hui comme le 4e pilier des missions hospitalières », affirme Vincent Prévoteau qui préside l'association des directeurs d'hôpital en ouverture le 15 novembre dernier de la journée dédiée à l'éthique.

Comment concilier aujourd'hui ces valeurs avec les contraintes économiques qui pèsent de plus en plus sur les établissements ? Pour l'association des directeurs d'hôpital, il convient de porter et de relayer l'expertise et les valeurs des soignants dans la chaine de soins. 

«  Médecins et infirmiers peuvent aussi participer à ne pas faire entrer les patients dans le système de soin en prévenant la maladie», précise le président de l'ADH qui estime qu'il appartient à chaque établissement hospitalier de cultiver cette logique de prévention. Le mois sans tabac, mars bleu, octobre rose sont autant d'initiatives qui marquent déjà l'investissement des personnels hospitaliers dans la prévention primaire ou secondaire. 

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Une prévention qui devient aussi tertiaire avec la mise en place de groupes d'éducation thérapeutique pour la meilleure reconnaissance d'une prévention y compris dans les maladies mentales, si difficiles à accepter, souligne encore Vincent Prévoteau.

Passer des initiatives, aux plans

Le président de l'ADH mesure aujourd'hui l'importance d'intensifier ces actions sur le terrain, ce qui pose de nouvelles questions éthiques et Vincent Prévoteau a réuni des experts de premier plan pour les évoquer. Comment co-construire un véritable plan de prévention à l'échelon de chaque établissement ? Si l'hôpital devient un moteur de la prévention, son activité reste cependant tournée avant tout vers le soin et ces nouvelles activités doivent bien s'articuler dans les nouveaux parcours à proposer. Pourtant, de nombreux freins ralentissent l'essor de la prévention et Sophie Beaupère, vice-présidente de l'ADH, directrice générale adjointe du centre lyonnais de lutte contre le cancer Léon-Bérard pointe du doigt quelques contraintes. Financières d'abord avec une T2a considérée comme ennemi n° 1 de la prévention. 

« Le morcellement des sources de financement » serait selon elle une première épine dans le pied de la prévention qui dans les territoires repose encore avant tout sur beaucoup de bonne volonté. Des freins aussi administratifs qui ralentissent la mobilisation pour s'adresser à celles et ceux qui ne sont pas malades, qui passent sous les radars. Françoise Sellin, présidente de l'association GPS Cancer pense en priorité aux 25 % de personnes qui n'ont pas déclaré de médecin traitant. Toute la difficulté repose sur ce dialogue à établir avec celles et ceux qui ne veulent pas savoir, en organisant des dépistages hors les murs de l'hôpital. Une main tenue par les soignants présents à ce colloque qui témoignent de ces initiatives qui redonnent du sens, renforcent leur capacité à agir « pour que les gens ne deviennent pas leurs patients ».

Dépister impose une vision plus large

A l'heure où les rythmes de travail sont tendus à l'hôpital, se tourner vers les bien portants n'est pas un message facile à faire passer. Pourtant Etienne Minvielle, professeur à l'école polytechnique et à l'Institut Gustave Roussy en souligne justement tout l'intérêt. Cette prévention dépasse largement l'univers du soin. Son organisation comme son financement relèvent selon lui d'une approche multisectorielle. L'habitat, les transports, la pollution et donc l'environnement impactent naturellement l'échelle des risques et l'hôpital ne peut pas rester seul dans cette démarche. 

«  Economiquement, cette logique de l'action reste complexe à mettre en oeuvre et le modèle de son financement reste encore à inventer » insiste Etienne Minvielle sans écarter la dimension assurantielle de ces choix. « La solidarité reste un challenge et le chantier de la prévention remet au premier plan le poids des comportements citoyens. Comment repérer les comportements à risques ? Sommes-nous égaux face aux risques de développer des maladies ? Devra-t-on tous participer dans les mêmes proportions au financement d'un risque qui peut selon notre ADN plus ou moins nous concerner ? » Des questions éthiques qui touchent aux libertés individuelles et qui prennent une autre dimension à l'heure où les GAFA compilent des données sur nos habitudes de vie, de consommation, nos goûts et nos choix.

La prévention mieux ciblée passe aussi par cette étude plus fine des comportements pour réduire les gaspillages certes, mais aussi et avant tout pour agir et modifier les habitudes de vie qui peuvent menacer notre santé.

Laurence Mauduit

 

 

 

 

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