10 min

Prévention

Covid-19 : Les plus fragiles montrent l’exemple

23 mars 2020 |

Prévention

Avec un risque trois fois plus élevé de développer une forme grave du covid-19, les patients cancéreux ont manifestement pris les devants. Pour François Blot, ancien chef du service de réanimation de l’Institut Gustave Roussy, les malades habitués à suivre scrupuleusement les recommandations s’en sortent mieux que les bien portants ! Un exemple à suivre donc au moment où le comité d’éthique de l’IGR passe en mode hot line, pour ne laisser aucun médecin ni soignant, seul face aux décisions qui seront sans doute à prendre dans les jours qui viennent.

Face à la vague annoncée de personnes infectées covid-19, les centres de lutte contre le cancer se sentent pour l’heure un peu protégés. A l’IGR, aucun cas en réanimation en ce début de semaine, même si de premières infections sont déjà détectées dans l’hôpital.

Infectiologues, direction, communication et réanimateurs de l’Institut font bloc pour faire passer les messages utiles. L’IGR s’organise. Tous mobilisés, les oncologues ont déjà dégagé une aile d’hospitalisation désormais dédiée aux patients suspects ou porteurs du virus. Les plannings des oncologues et des soins palliatifs ont même été entièrement remis à plat pour y assurer le moment venu, des rotations spécifiques. Le programme du bloc opératoire a même été allégé pour libérer au maximum des espaces, des matériels et des soignants dédiés aux malades lourds. « Je pense en particulier à la quinzaine de ventilateurs de réanimation auxquels s’ajoutent ceux du bloc opératoire, de la salle de réveil qui permettent à peu près de doubler le dispositif si besoin » explique le Dr Blot qui insiste sur l’importance de cette architecture dédiée. En définissant une zone spécifique avec un sas d’entrée et du personnel dédié, l’IGR s’est organisé pour accueillir les patients covid +. «  Nous nous attendons à des cas complexes avec des détresses respiratoires pour ces pneumonies gravissimes. Dans les services de réanimation qui les prennent en charge, on atteint déjà 60 % de mortalité lorsque la situation dégénère, car la gravité devient extrême très rapidement, » poursuit le réanimateur.

« La prudence : en prendre de la graine au moment où les mesures de confinement vont se durcir. »

Mesures drastiques d’habillage et déshabillage

Ce contexte particulier implique des mesures drastiques d’habillage et déshabillage de l’ensemble des personnels qui s’en occupent. Les recommandations évoluent au fil des jours, mais le port de masques dont 24 millions seront nécessaires chaque semaine au plan national s’accompagne aussi de lunettes de protection et de charlottes, surblouses étanches et gants exigés à l’IGR. Des équipements à protéger désormais, puisque des vols de masques et de flacons de gel hydro-alcoolique sont à déplorer au sein même de l’hôpital. Des larcins ridicules avant une mobilisation sans précédent. Avant la bataille, François Blot constate que l’IGR reste encore peu impacté. Un calme relatif qu’il nous explique. « Nos patients cancéreux du fait de leur fragilité ont pris d’eux-mêmes des précautions. Les gens ayant vécu des radiothérapies et surtout des chimiothérapies qui les ont rendues très fragiles aux infections, ont compris très tôt qu’il fallait rester chez eux, en appliquant les mesures d’hygiène les plus strictes. » François Blot se montre assez surpris d’en voir si peu alors qu’ils sont plus à risques pour l’attraper, mais surtout d’en développer une forme grave. Un risque multiplié par trois selon une étude chinoise. Les greffés ou les dialysés ont visiblement eux aussi redoublé de prudence. Aujourd’hui, le risque en population générale est élevé et chacun peut, semble-t-il, en prendre de la graine au moment où les mesures de confinement vont se durcir.

Le comité d’éthique joignable jour et nuit

Depuis dix jours, le comité d’éthique de l’IGR présidé par François Blot s’est mis en ordre de marche pour accompagner les médecins et les soignants dans les décisions fatalement délicates à prendre. Depuis le début de la semaine, ce comité est opérationnel 24 h/24 par mail et téléphone pour les guider et faire des choix. «  Les critères de passage en réanimation des patients cancéreux qui seront porteurs du virus vont mériter cet accompagnement et nous les avons reprécisés. Comment procéder avec un patient cancéreux covid+ qui développe ce syndrome respiratoire aigu ? Le placer sous ventilateur ? Combien de temps ? Avec quelle durée de récupération derrière ? Il faudra se poser très tôt les bonnes questions avant de se lancer dans une réanimation très lourde, » reconnait François Blot. Des questions éthiques au cas par cas, sur lesquelles les équipes de soins seront épaulées 24 heures sur 2 à l’IGR à partir de cette semaine.

Laurence Mauduit

« Les critères de passage en réanimation des patients cancéreux qui seront porteurs du virus vont mériter un accompagnement  24h/24 » Dr François Blot, réanimateur, président du Comité d’éthique de l’IGR

 

 

mnh mag | newsletter

Suivez toute l’actualité de la MNH !

The subscriber's email address.

En validant votre email, vous acceptez de recevoir la newsletter « MNH mag »

Vous pourrez facilement vous désinscrire à tout moment via les liens de désinscriptions présents dans chacun de nos mails.