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Prévention

Coronavirus : Entretien avec le Pr François Bricaire

13 mars 2020 |

Prévention

Avec 5000 lits de réanimation et 7000 en soins intensifs, les hôpitaux se préparent à faire face au pic épidémique Covid-19 annoncé. Pour les infectiologues hospitaliers habitués à traiter des patients atteints de grippes sévères, « en faire trop, susciter la trouille, voire la panique est contre-productif. » Une position qui évolue à la lumière des dernières données disponibles.

 

Entretien avec le professeur François Bricaire, ancien chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, membre de l’Académie de médecine qui relance un appel au calme pour que chacun comprenne mieux les mesures prises et les précautions à observer.

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Pr François Bricaire, infectiologue

« Nous découvrons davantage de formes sévères chez les jeunes »

L’emballement médiatique vous paraît-il aujourd’hui justifié ?

Pr. François Bricaire : « En tant qu’ainé, citoyen responsable je pense qu’il est essentiel que l’on suive les consignes énoncées le 12 mars par le chef de l’État. Je le dis d’autant plus volontiers que j’ai défendu jusqu’à présent des positions pour revenir au calme, car je les pensais raisonnables. Je le pense toujours à la lumière des chiffres présentés par les travaux chinois. Le maintien de l’économie me paraît indispensable, mais je suis aussi le premier à revoir ma position aujourd’hui en fonction de l’évolution de l’épidémie puisque nous devons faire face à la crise sanitaire la plus grave depuis un siècle. »

Que savons-nous de plus aujourd’hui ?

Pr. F.B : « Il y aurait en particulier davantage de formes sévères chez les jeunes ce que nous redoutions mais ignorions jusqu’à présent. Je savais que cela pouvait exister, mais ce risque ne me semblait clairement pas aussi important. Si ce phénomène se confirme et devient plus sévère à la lumière de ce que racontent ou décrivent des médecins cliniciens cela pose évidemment un problème nouveau. Nous constatons une aggravation par rapport à ce que décrivent les Chinois. Les Iraniens ont l’air de dire que les formes chez eux sont déjà bien plus sévères, les Américains redoutent quant à eux quelque chose d’encore plus important. Comment expliquer cette aggravation décrite au fur et à mesure que l’épidémie se déplace à l’ouest ? Les bilans échangés à l’heure actuelle me laissent un peu perplexe. »

Après le confinement des Ehpad, la fermeture des écoles, collèges, lycées et universités vous paraît-elle justifiée ?

Pr. F.B : « Il faut à tout prix éviter les transmissions. Toutes les explications données sous forme de mesures barrières me paraissent la première des priorités. Que l’on réduise le pic de l’épidémie en retardant les contaminations me semble effectivement la meilleure chose à faire à l’heure actuelle. Je reste plus perplexe sur la fermeture des établissements Ehpad, écoles, collèges, lycées et universités qui vont certainement nous paralyser, ou ralentir aussi clairement la chaîne de soins. »

Quel message adressez-vous aux soignants, en première ligne dans nos hôpitaux ?

Pr. F.B : « Mobilisés, réquisitionnés, je pense qu’ils vont être assez rapidement débordés et je pense en particulier à l’ensemble du personnel infirmier et aux aides-soignants notamment dans les services de soins intensifs. Ils vont être sous tension et c’est pourquoi le chef de l’État prône des mesures justifiées et logiques visant à l’étalement des infections. Aplanir le pic épidémique permettra au système de santé d’absorber moins mal, le surcroît de travail qui nous attend. »

 

Propos recueillis par Laurence Mauduit

 

A Paris, plus de 50 soignants déjà testés positifs au test du Covid-19 : Le virus se montre bien plus virulent y compris avant 60 ans.

 

Des questions sur le Coronavirus : composez le 0 800 130 000

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