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Trouver la parade face au cancer du sein

24 octobre 2018 |

Santé
Dominique Hornus-Dragne, Solution Riposte

Sur le chemin de la rémission, l'association Solution Riposte conduit les patientes de la salle de soins à la salle d'armes. Après un cancer du sein, l'escrime fait déjà un bon millier d'adeptes.

Pour se battre contre le cancer, les femmes n’hésitent plus à saisir le sabre

L’escrime permet visiblement de prendre les choses en main pour se rétablir plus vite et mieux suite à une chirurgie et une chimiothérapie après un cancer du sein. Près d’un millier de femmes fréquentent désormais assidûment l’une des 85 salles agréées par l’association Solution Riposte, qui a ouvert ses portes près de Toulouse, il y a six ans.

L’objectif est clair : favoriser la rééducation

Et les résultats sont étonnants. Parmi une trentaine de femmes venues croiser le fer, Nathalie derrière son masque pointe et touche en retrouvant le plaisir rare de laisser son corps s’exprimer. Et si la meilleure défense restait l’attaque ! Un combat grandeur nature comme l’explique Dominique Hornus-Dragne, anesthésiste toulousaine devenue médecin fédéral national de la fédération française d’escrime. « Une discipline rêvée pour toutes celles qui ne faisaient pas de sport avant la maladie, celles qui n’aiment pas danser, ne savent pas tenir sur un vélo et détestent courir. Tenir un fleuret permet de découvrir un sport très ludique. C’est d’abord le choix d’une nouvelle activité, rien que pour le plaisir, qui facilite la vie quotidienne ».

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Après l’opération d’un cancer du sein, certains gestes deviennent compliqués. Porter un enfant, se coiffer posent problème à cause des cicatrices chirurgicales. « En escrime et en particulier avec le sabre, on travaille les parallèles hautes en levant les bras. L’escrime permet de réaliser spontanément ces mouvements de manière réflexe. Le geste est une parade, un moyen de se protéger et nous constatons clairement une amélioration de la mobilité, » poursuit le Dr Hornus. Des bénéfices rapides dans l’aisance des mouvements quotidiens qui font aussi reculer les risques de récidive de 35 %. Avec l’escrime, le combat continue et ces escrimeuses qui se qualifient volontiers de « riposteuses » multiplient leurs chances de prendre l’avantage sur la maladie.

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En garde !

Pour les infirmières qui en parlent en consultation avec les patientes, la salle d’armes est un vrai challenge pour rebondir et s’éloigner dès que possible, de l’univers hospitalier. Ce n’est pas un simple conseil à donner. Les médecins cherchent à convaincre et les infirmières jouent ce rôle essentiel pour dévoiler la motivation de s’initier à une discipline à laquelle, bon nombre de patientes n’auraient jamais imaginé accéder un jour. Des infirmières ont même pris le sabre pour connaître ces sensations et pouvoir mieux en parler. Florence Durrieu qui travaille aujourd’hui au conseil départemental de la Haute-Garonne a longtemps été infirmière de consultation d’annonce. Elle a fait équipe avec Dominique Hornus-Dragne. « On insiste sur le côté ludique vraiment très intéressant et tellement plus sympa que des séances de kiné. Ce sport attirant implique une pratique douce qui participe aussi à la reconstruction de l’image de soi, » confirme Florence Durrieu.

L’initiation peut démarrer dès la cicatrisation et le feu vert du chirurgien, soit en moyenne entre un et deux mois après l’intervention. « C’est très rapide. On leur met un sabre à la main dès que les risques de faire une mauvaise cicatrisation sont écartés, » rebondit Dominique Hornus-Dragne. Centré sur le bras et le côté opéré, le maniement du sabre augmente donc les chances de tourner la page. Il y a une vie avant, une vie après et Dominique Hornus-Dragne explique l’importance de cette nouvelle aventure après un cancer du sein. « C’est tsunami dans la vie d’une femme et pour refermer la parenthèse, il faut dépasser cette image d’elle-même souvent très perturbée. Il faut apprendre à se battre après la chirurgie et la chimiothérapie souvent vécues comme une sorte de rouleau compresseur qui peut durer une année. » Ce sport de combat, très élégant, livre aussi une autre dimension du corps. « Lorsque l’on se sent attaquée, on pare et on riposte. L’escrime nous permet de prendre les armes. Brandir un sabre sur le côté, vers l’avant, sans penser au milieu hospitalier leur redonne goût de dépasser la maladie » explique un maître d’armes.

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 « Une discipline rêvée pour toutes celles qui ne faisaient pas de sport avant la maladie, celles qui n’aiment pas danser, ne savent pas tenir sur un vélo et détestent courir. » Dominique Hornus-Dragne

Dans leur corps et dans leur tête, ces patientes se transforment en sportives

Un nouvel assaut pour laisser le cancer derrière soi. L’association Solution Rispote forme et entraîne aussi les maîtres d’armes, les infirmiers, les kinés et les soignants de la France entière qui veulent partager l’expérience et le goût de cette discipline unique sur le chemin de la rémission. Six fois championne du monde, l’escrimeuse Laura Flessel, multimédaillée olympique tant en équipe qu’en individuelle, a été la première marraine de l’association Solution Riposte. Son combat aujourd’hui politique ne l’a pas éloignée de ces pionnières toulousaines. Laura Flessel souligne le bel exemple d’abnégation de la Solution Riposte dédiée « aux femmes courageuses qui apprennent à se battre, à trouver les parades aux coups durs de la vie, à lutter pour vaincre la maladie. » Tout est dit !

 

Laurence Mauduit

 

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