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Soigner ses phobies par la réalité virtuelle

5 décembre 2018 |

Santé
réalité virtuelle, soigner les phobies, hôpital

Peur du vide, des hauteurs, de l'avion, des araignées... A Marseille, à l'hôpital de la Conception, un psychiatre, le Dr Eric Malbos, utilise la réalité virtuelle pour soigner les phobies de ses patients. Confrontés virtuellement aux situations tant redoutées, ils sont amenés à affronter leurs peurs.

 

La réalité virtuelle (en anglais, virtual reality ou VR) est une technologie qui permet de plonger une personne dans un monde artificiel créé numériquement. Cette immersion se fait au moyen d'un casque de réalité virtuelle qui place un écran 3D stéréoscopique sur la tête, devant les yeux. Certains moyens sont équipés de capteurs qui détectent les mouvements de la tête pour permettre à l'utilisateur de regarder autour de lui.

Monique, Denis et Christine

Dans son bureau décoré de posters de dessins animés japonais, le Dr Éric Malbos reçoit ce matin Monique atteinte d’acrophobie (peur des hauteurs et du vide), c’est sa 2e séance de réalité virtuelle.

« Cela me gêne dans la vie. Si je prends un escalier ou un escalator je dois être accompagnée ».

Elle place son casque et se retrouve dans un monde qu’elle redoute : au 2e étage d’un immeuble elle est face à une porte… et derrière cette porte une passerelle qui relie 2 immeubles avec le vide au-dessous. Va-t-elle réussir à franchir tous ces obstacles ? Le Dr Malbos l’interroge sur son niveau d’anxiété, lui demande de se relaxer comme elle l’a appris lors des séances et de répéter la formule de la méthode ACARA (l’acronyme d’une formule que ses patients doivent garder en permanence sur eux sous la forme d’un petit carton) :

Accepter l’anxiété

Contempler l’anxiété

Agir avec l’anxiété

Répéter les 3 étapes

Attendre le meilleur

 

Monique répète les phrases suivantes : « je dois me forcer », « je suis ici pour changer », « je dois me surprendre ».

Le Dr Malbos observe en permanence la progression de Monique sur son ordinateur et module à l’envie les configurations : taille de la passerelle, hauteur… c’est le patient qui choisit selon son niveau d’anxiété. « Chaque patient sait que ce qu’il vit à travers le casque n’est pas réel et il a ainsi plus de courage pour affronter une situation qu’il évite dans la réalité » précise- t-il.

Monique continue d’avancer dans les espaces virtuels, elle ouvre la porte, face à elle la passerelle… qu’elle réussira à franchir !

Monique se sent déjà mieux et plus autonome.

Le deuxième patient de la matinée, Denis fait partie du personnel de l’hôpital puisqu’il est responsable Usage et Veille Numériques. Ce n’est plus vraiment un patient, puisqu’il a déjà suivi une thérapie qui faisait à l’époque, l’objet d’un protocole expérimental. « J’étais en fait dans une pièce où les images étaient projetées sur un mur ; j’étais vraiment dans le décor ». Le coût de ce type d’équipement étant très élevé il est utilisé pour d’autres essais cliniques.  

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Il souffrait de la peur du vide depuis ses 18 ans et ne pouvait rien visiter.  Aujourd’hui, il vient tester le nouveau matériel et choisit le 10e étage de l’immeuble, avec une passerelle qui est en fait un pont de corde ! Puis, étape ultime pour savoir s’il est "guéri", le 15e étage…

Étape qu’il franchira sans difficulté ! « On a des scénarios dans la tête, il faut les changer » dit-il. La preuve qu’il va mieux : « Après la thérapie, j’ai pu monter au dernier étage de la Tour Montparnasse ».

A chaque fois c'est une victoire, c'est comme gagner un match de tennis.

Christine a la phobie de l’avion et vient pour sa 2e séance.

Une peur qu’elle doit surmonter, puisqu’elle part cet été aux États-Unis.

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Le Dr Malbos lui propose plusieurs options : vol domestique ou international et pourquoi pas quelques turbulences pour corser le tout.

Elle décide de prendre un vol international, avec beaucoup de passagers et quelques trous d’air.

Elle progresse dans le couloir qui la mène à l’avion et commence déjà à ressentir le stress. Puis se place près du hublot en attendant le décollage.

Pendant le vol elle utilise la méthode ACARA pour gérer son anxiété : « Je me présente comme une observatrice », « Je peux contrôler certaines choses », « J’attends le meilleur ».

Elle énonce également les preuves Pour et Contre (utilisées en thérapie cognitive) : « Ils font du bruit pour vérifier que tout va bien, l’appareil est en bon état, c’est le 2e moyen de transport le plus sûr au monde, les pilotes s’entraînent régulièrement, les passagers sont détendus… ».

Christine pourra partir apaisée pour ses prochaines vacances.

La méthode : comment ça marche ?

Une fois le diagnostic posé, 10 séances sont nécessaires :

  • 4 se font en groupe où l’on apprend des méthodes de thérapies comportementales et cognitives (pourquoi a-t-on peur ? les techniques et les outils à utiliser pour maîtriser la panique (relaxation, méthode ACARA).
  • Puis 6 séances d’exposition à la réalité virtuelle.

 « Le fait de s’exposer virtuellement est efficace, cela crée l’illusion d’être dans la réalité à tel point que l’on ressent les mêmes émotions.  En s’exposant de façon progressive, cela permet une thérapie plus douce. Avec le virtuel le patient choisit la hauteur, le vent, le bruit… l’activité de son cerveau va se modifier et il va ainsi changer son état d’esprit » explique le Dr Malbos.

Et cela fonctionne, puisqu’il a déjà traité plus d’un millier de patients avec un taux de réussite de 80 %. 

D’autres études en réalité virtuelle et psychiatrie sont coordonnées par le service du Pr Lançon sur l’efficacité de la réalité virtuelle dans les domaines suivants :

  • prévention de rechute tabagique,
  • inquiétude chronique, dépression,
  • stress post-traumatique chez les soldats français vétérans de la guerre d’Afghanistan. 

Et l'avenir ?

Cette méthode utilisée par quelques praticiens à l'origine tend à se généraliser. De plus en plus de praticiens se forment et actuellement près de 300 psychiatres et psychologues possèdent ce type de matériel.

Propos recueillis par Marie-Thérèse Holecek

 

Se libérer des troubles anxieux par la réalité virtuelle - Psychothérapie pour traiter les phobies, l'inquiétude chronique, les TOC et la phobie sociale.

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Auteurs : Dr Eric Malbos, Rodolphe Oppenheimer, Pr Christophe Lançon - Editions Eyrolles

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