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Réanimation de notre patrimoine : Aux petits soins des oeuvres d'art

22 janvier 2018 |

Loisirs & Culture
Réanimation de notre patrimoine : Aux petits soins des oeuvres d'art

Que se passe-t-il lorsque la réanimation de notre patrimoine artistique s'inspire directement des techniques hospitalières ?

L'ACCÉLÉRATEUR GRAND LOUVRE D'ANALYSE ÉLÉMENTAIRE (AGLAÉ)

Il fonctionne depuis fin novembre au centre de recherche et de restauration des musées de France. Il est l'unique accélérateur de particules exclusivement dédié à la caractérisation physico-chimique d'objets du patrimoine. Cette étonnante machine de 27 mètres de long permet d'explorer l'infiniment petit et d'analyser des matériaux en diminuant l'irradiation des oeuvres d'art. Unique au monde, AGLAÉ fonctionne 24h/24 dans les sous-sols du musée du Louvre pour percer le mystère de certains alliages et peut-être bousculer quelques certitudes en matière d'histoire de l'art. Quelques pièces du trésor de Bavay ont d'abord servi de cobaye. Cette collection d'objets gallo-romains en bronze enfouis près du forum de Bavay à la fin du troisième siècle pourrait bien livrer quelques-uns de ses mystères. Les statuettes sont-elles pleines ou creuses ? Quelle est la composition chimique précise des alliages ? Quelle est la provenance de l'or et de l'argent qui entrent dans sa composition ? Même Véronique Beirnaert-Mary, la directrice du forum antique, attend les résultats, un peu fébrile.

Décrypter les alliages et découvrir l'origine des matières

Décrypter les alliages et découvrir l'origine des matières

DES PRÉCISIONS POUR L'ENTRETIEN ET LA RESTAURATION

Dans une pièce voisine, c'est une oeuvre de Poussin qui est placée sous monitoring. L'inspiration du poète, propriété du Louvre depuis 1911, apparaît pour la première fois dans son plus simple appareil. Cette oeuvre majeure apparue en 1653 dans les collections du cardinal Mazarin, est menacée par le temps qui passe. Un accident d'accrochage au XIXe siècle laisse encore la trace d'une terrible déchirure. Une oeuvre en réanimation estime la radiologue Élisabeth Ravaud.

L'inspiration du poète - Poussin sur le point de livrer ses secrets

 
L'inspiration du poète - Poussin sur le point de livrer ses secrets

«On peut aussi nous demander de faire des clichés en cours d'intervention» indique Élisabeth Ravaud.

L'entretien et la restauration des oeuvres exigent cette même précision chirurgicale, et des moyens. Cet investissement d'un peu plus de 2 millions d'euros issu des investissements d'avenir, du ministère de la Culture, de la Ville de Paris et du CNRS hisse le centre de recherche et de restauration des musées de France, au premier rang mondial des services d'urgence des oeuvres d'art et de la conservation du patrimoine.

FAIRE PARLER LES SOUS-COUCHES

L'atout essentiel de ce nouvel équipement réside dans l'utilisation de doses dix fois moins agressives pour les matières en augmentant la sensibilité de la détection. Pas moins de 1,6 million de données seront produites chaque seconde en mode imagerie. Une mine d'informations pour les scientifiques, les chercheurs, les conservateurs, et bien sûr les restaurateurs appelés à intervenir. À leur tête, le professeur Didier Gourier qui dirige la fédération de recherche New-AGLAÉ jubile.

«Avec une seule excitation, nous allons pouvoir détecter les rayons X, de la lumière visible, des ondes gamma et d'autres particules. C'est un ensemble de techniques correspondant en médecine à l'amalgame à la fois du pet-scan, de la tomographie X, de l'échographie et de l'IRM. Là on fait du tout-en-un.»

Une combinaison de technologies encore totalement improbable dans le monde des soins cliniques.

LEVER LES DOUTES

À l'occasion de l'inauguration du nouvel accélérateur Grand Louvre d'analyse élémentaire, les chercheurs jubilent. Le British muséum hésiterait même à y faire venir quelques toiles célèbres, préférant que le doute persiste sur des oeuvres impressionnistes majeures acquises comme telles, il y a peu. Car AGLAÉ s'impose aussi déjà comme un redoutable détecteur de mensonges. Le président des États-Unis, Donald Trump affirmait encore il y a quelques semaines, détenir Les deux soeurs, peint par Pierre-Auguste Renoir en 1881. Une oeuvre majeure pourtant inscrite dans les collections d'un musée de Chicago depuis 84 ans. Un petit détour par les sous-sols du Louvre permettrait à coup sûr d'écarter définitivement le doute, auquel la froide vérité scientifique ne laisse plus aucune place. L'étude des pigments et des procédés ne connaît décidément plus de limites.

Laurence Mauduit

En se dotant d'un nouvel équipement unique au monde, le Louvre fait un pas de géant pour prévenir les dégâts du temps, mais aussi lever quelques doutes sur l'authenticité d'oeuvres que les plus grands musées du monde se disputent.

 À l'image des tissus, squelettes et cellules du corps humain, révélés par les technologies médicales, les vernis, pigments et châssis ne pourront plus conserver bien longtemps leurs secrets.

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