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PACES : le cap de la 1re année de médecine

10 septembre 2018 |

Métiers de la santé
PACES, étudiant médecine, études de médecine

Avec seulement 20 % des étudiants qui franchissent les portes de la première année des études de santé (PACES), il semblerait que le système actuel soit à revoir.

Alors qu'une large consultation a été lancée au printemps pour réformer les études de médecine et notamment la PACES, nous avons donné la parole à 2 carabins (1) .

Rencontre avec Yanis Merad (2), ex-président de l'ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France), étudiant en 4e année de médecine.

La PACES est un outil qu'il faut faire évoluer pour éviter un "gâchis humain".

L'ANEMF a-t-elle été associée à la grande concertation sur la réforme des études médicales ? 

Les sujets les plus importants pour nous concernent les évolutions possibles de la PACES et des ECN (Épreuves classantes nationales). Nous avons, bien entendu, abordé des questions périphériques notamment le statut de l’étudiant et son bien-être, mais aussi l’intégrité scientifique avec l’accès aux données de recherche.

Quelle est la position de l’ANEMF concernant le numerus clausus ?

Nous avons une position ouverte sur le sujet. Si nous pensons qu’il faut faire évoluer les choses, il ne s’agit pas d’une priorité. Augmenter ou diminuer le numerus clausus ne règlera pas les maux du système de santé à court terme. Il nous semble que l’urgence se situe plus dans l’encadrement des futurs médecins avec un manque flagrant d’enseignants. On constate aujourd’hui un désintérêt de la mission pédagogique de la part des professionnels de santé. Il nous paraît primordial de revoir ce statut d’une manière plus modulaire.

Que pensez-vous de réformer la PACES ?

La mise en place de la PACES, en 2010, répondait à une volonté de mieux orienter les étudiants face aux échecs massifs de candidats. Aujourd’hui nous pensons que la PACES est un outil qu’il faut encore faire évoluer pour éviter un “gâchis humain”. Nous sommes favorables aux expérimentations, comme la suppression du redoublement, menées à partir de la rentrée 2018 sur 4 universités, la PACES particulière ou le dispositif Alter PACES mis en place depuis 2014 (cf encadré), pour encourager les vocations tardives et diversifier le parcours et le profil des futurs professionnels de santé. Essayons la PACES sans redoublement et la PACES particulière, s’agissant de l’Alter PACES, attendons les évaluations au terme des périodes de tests. En revanche, nous serons extrêmement vigilants à ce que l’on ne crée pas la nécessité de faire une “année zéro” en amont pour avoir plus de chances de réussir sa PACES sans redoublement possible. 

Quelle est votre position concernant la création d’un concours pour accéder à la PACES ?

Nous sommes fermement opposés à toute forme de sélection à l’entrée de l’université. Derrière la volonté de limiter le “gâchis humain” de la PACES, nous voyons poindre de possibles dérives vers un système élitiste qui irait à l’encontre de tout principe d’universalité de l’enseignement supérieur. Nous sommes convaincus que les bachelier.ère.s S mention très bien ne sont pas les seul.e.s à avoir une chance de réussite en PACES !

Il nous paraît important de travailler à la diversification des profils dans les études de santé. Il faut accompagner les étudiants qui ont des parcours différents de façon à leur permettre d'avoir les mêmes chances que les autres, en aménageant notamment le cursus de formation. 

Y-a-t-il des bonnes pratiques dans les pays européens dont la France pourrait s’inspirer ?

Il y a des choses très intéressantes pratiquées chez nos voisins européens. En Ecosse, par exemple, à l’Université d’Aberdeen, des ateliers de simulation encadrée pour apprendre aux étudiants à communiquer avec leurs futurs patients ont été mis en place. Par ailleurs, en termes de mobilités, la France est un pays très cloisonné. Certains pays européens ont bien compris leur intérêt et les encouragent. Mais il faut aussi reconnaître que, concernant la 1re année, il y a énormément de systèmes qui sont moins bons que le nôtre avec des inégalités sociales flagrantes. Certains modes d’admissions “hybrides” défavorisent clairement les étudiants modestes.

 * toutes filières confondues (médecine, odontologie, pharmacie, sage-femme)
(1) Terme familier pour désigner un étudiant en médecine
(2) Depuis le 10 juillet 2018, Clara Bonnavion succède à Yanis Merad à la présidence de l’ANEMF.

 « En tant que doublant, la pression est encore plus importante car vous savez que c’est votre dernière chance. » Charlotte, 21 ans, étudiante en 3e année de médecine à Paris 6.

Menue, les yeux clairs, Charlotte a obtenu un bac S en 2014 avec une mention très bien.
Après une 1re année de médecine en Allemagne, elle a intégré une PACES en France.
Elle partage son expérience.

Pourquoi avoir choisi l'Allemagne pour débuter vos études de médecine ?

À partir de la seconde, j’ai suivi une section AbiBaC, un dispositif franco-allemand qui mène à un bac binational AbiBaC (baccalauréat français et Abitur allemand). J’ai obtenu une moyenne de 1 à l’Abitur (soit l’équivalent d’un 20/20) qui me permettait d’entrer en 1re année de médecine dans une université allemande.

J’avais une année d’avance. Je trouvais le système allemand moins effrayant avec de plus petites promotions. J’ai déposé un dossier à la fac de médecine de Düsseldorf et j’ai été admise. Le modèle allemand était avantageux pour moi car j’avais de bonnes notes.

Quelles sont les grandes différences entre la 1re année de médecine en Allemagne et la PACES en France ?

En premier lieu, je citerais le nombre d’élèves. La sélection, l’équivalent du numerus clausus français, est effective dès cette 1re année. Nous étions une promotion d’environ 400 élèves en Allemagne contre 2 000 en moyenne en France.

En Allemagne, l’année universitaire est divisée en 2 semestres avec 4 sessions de partiels durant l’année. Chaque partiel permet de valider différentes Unités d’Enseignement (UE). Il s’agit de QCM avec 1 seule bonne réponse (contre plusieurs en France) et il faut obtenir 60% de bonnes réponses pour valider la matière.

Les cours magistraux ne sont pas suffisants pour décrocher ces UE. De ce fait, il est indispensable de fournir un travail personnel important.

En parallèle, on a davantage de cours équivalents à des TP (Travaux Pratiques) dans toutes les matières. Ils se déroulent en groupes de maximum 20 élèves.

En résumé, il me semble que la 1e année en Allemagne se rapproche plus de la 2e année en France car on entre directement en études de médecine.

Est-ce que cette 1re année en Allemagne vous a aidée pour votre 1re  année en PACES ?

(Elle sourit) Je ne pense pas. En revenant d’Allemagne, j’avais perdu certaines notions sur des matières suivies au lycée, notamment les maths et la physique. En France, on nous demande d’intégrer une masse énorme d’informations rapidement. Ce qui entraîne plus de stress qu’il faut arriver à gérer.

Bref, j’ai cherché mes marques durant tout le premier semestre. Et c’est justement ce semestre qui est déterminant.

Vous avez redoublé votre PACES. Comment s’est passée cette deuxième 1re année ?

En tant que doublant, la pression est encore plus importante car vous savez que c’est votre dernière chance. Mais, dès le début de l’année, j’étais mieux organisée. Le matin j’allais en cours et l’après-midi je m’entraînais pour les QCM. Le tutorat, bien développé à Paris 6, m’a beaucoup aidée. J’ai suivi de manière assidue les séances d’exercices corrigés en petits groupes. 

Le redoublement vient d’être supprimé dans plusieurs facs dont Paris 6. Qu’en pensez-vous ?

J’ai peur que la suppression du redoublement n’augmente l’attrait pour les prépa privées auxquelles je suis fermement opposée et, de ce fait, ne développe encore plus cette “industrie”.

J’ai été très surprise en arrivant en 1re année en France, de voir le lobbying exercé par les prépa privées à la rentrée pour vendre leurs stages dont les montants s’élèvent souvent à plusieurs milliers d’euros.

Je m’interroge aussi sur le développement des prépa P0, soit une année blanche payante pour augmenter ses chances de réussites en PACES.

 Propos recueillis par Paquerette Grange

Une loi en 2019

En mars dernier, le Premier ministre et la ministre des Solidarités et de la Santé lançaient une grande concertation nationale dans le cadre de la Stratégie de transformation du système de santé, déclinée en 5 chantiers. Le chantier N°4 a pour enjeu d’Adapter les formations aux enjeux du système de santé, en réformant notamment les études de médecine (question du numerus clausus et 1er et 2e cycles de formation des futurs médecins).

Cette discussion, qui s’achèvera cet automne, doit aboutir à un projet du gouvernement sur le sujet et une loi en 2019.

Focus numerus clausus

Depuis 1971 en France, les études de santé (médecin, pharmacien, chirurgien-dentiste, sage-femme, infirmière, masseur-kinésithérapeute…) sont réglementées et soumises à un numerus clausus. Il est fixé chaque année par arrêté signé par les ministres chargés de l’Enseignement supérieur et de la Santé.

  • 1972 : 8 588 places en médecine
  • 1993 : 3 500 places en médecine (niveau le plus bas atteint)
  • 2018 : 8 205 places en médecine

PACES et expérimentations

PACES

Depuis la rentrée universitaire 2010-2011, la première année commune aux études de santé (PACES) réunit la formation initiale des 4 professions médicales et pharmaceutiques que sont la médecine, la pharmacie, l’odontologie et la maïeutique.

La PACES se déroule en 2 semestres. À l’issue de chaque semestre, un classement prenant en compte les résultats du concours est publié. L’enseignement en PACES se compose d’un tronc commun qui conjugue :

• des sciences fondamentales (biologie, physique, chimie, biostatistiques…),

• des sciences médicales (anatomie, histologie, embryologie, physiologie…),

• des sciences humaines et sociales.

AlterPACES

L’AlterPACES constitue une voie d’accès direct en 2e année d’études de santé, sans passer par le concours de la PACES, mais par d’autres modalités de sélection. Il a été lancé dans de nombreuses universités au cours des vagues d’expérimentations PACES lancées ces dernières années. Il est présent maintenant dans une dizaine d’universités.

Il s'adresse à des étudiants en fin de L2 ou de L3 souhaitant se réorienter en études de santé et n'ayant pas déjà présenté deux fois le concours de la PACES.

PACES PARTICULIÈRE (ou PACES 1 sans redoublement)

La PACES Particulière s’inscrit dans le cadre des expérimentations PACES. Elle est relativement semblable à une PACES classique, à quelques différences près : le redoublement est supprimé (chaque étudiant devra à l’issue de cette PACES intégrer une autre formation). Elle vise à orienter les étudiants vers une filière santé en une seule année.

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