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La parole à Brigitte-Fanny Cohen

26 juin 2018 |

Santé
Brigitte-Fanny Cohen

Pourquoi est-il si difficile, dans notre pays, de lutter efficacement contre l'alcool ?

 

En marge de la récente polémique sur le vin, les études scientifiques s'accumulent pour dénoncer ses méfaits. Actuellement les addictologues ne chôment pas. Ils sont remontés contre l’absence de détermination du gouvernement à regarder en face les ravages causés par l’alcool. Sous la houlette du Président de la Fédération Française d’Addictologie, le Pr Amine Benyamina, ils étaient plusieurs à signer une tribune dans le Figaro du 5 mars 2018, intitulée Vu du foie, le vin est bien de l’alcool ! afin de soutenir la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Le 7 février sur France 2, elle avait osé s’attaquer -crime de lèse-majesté !- à ce véritable symbole national, en ces termes : « C’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky (…). »

 

«On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre »,

précise Agnès Buzyn.

 

Mais la vérité n’est pas toujours bonne à dire dans notre pays. Agnès Buzyn fut immédiatement recadrée par Emmanuel Macron qui, en pleine semaine du Salon de l’Agriculture, déclara boire du vin midi et soir. Et le président de la République rajouta, comme par solidarité avec le lobby viticole : « il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se soûle à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n’est pas avec le vin ». Dans leur tribune, les éminents professeurs de médecine ont rappelé fermement que les effets sur la santé ne dépendent pas du type d’alcool : que l’on boive un demi de bière (25 cl) à 5°, un verre de vin (10 cl) à 12° ou un verre de vodka (3 cl) à 40°, la quantité d’éthanol ingurgitée est la même. Et les conséquences sur la santé identiques. Le vin est donc un alcool comme un autre.

 

Pas plus de 10 verres par semaine

 

Le 26 mars dernier le gouvernement présente, en grande pompe, 25 mesures phares pour la prévention en santé. Plusieurs d’entre elles sont ambitieuses. Mais concernant l’alcool, elles ciblent essentiellement les femmes enceintes et les jeunes. Déçus, neuf experts, emmenés encore une fois par le Pr Amine Benyamina, reprennent leur plume pour déplorer, dans un communiqué de presse, que l’alcool soit le grand oublié de ce plan.

 

«La seule mesure de prévention concernant l’alcool est l’augmentation de la taille du pictogramme "interdit aux femmes enceintes", figurant sur les bouteilles d’alcool ; cette mesure très circonscrite ne suffira pas à faire évoluer favorablement la situation».

 

En effet, la situation est délicate. 2 millions de Français sont dépendants de l’alcool. 5 millions présentent une consommation trop élevée. En 2017, l’Institut National du Cancer et Santé Publique France ont demandé aux pouvoirs publics de recommander aux consommateurs d’alcool de ne pas dépasser 10 verres standards par semaine, et d’observer deux jours d’abstinence. Le gouvernement aurait pu inscrire cette mesure dans son plan : il ne l’a pas fait et c’est préjudiciable car les études scientifiques ne cessent de dénoncer les méfaits des boissons alcoolisées. Notamment celle publiée le 20 février dernier par le Lancet Public Health : sur plus de 57 000 cas de démences précoces observés en France entre 2008 et 2013, 39% étaient directement attribuables à des dommages cérébraux causés par l’alcool ! Autre étude, celle-ci publiée en mars dans la revue Addiction : l'alcool est à l'origine de 8 081 nouveaux cas de cancers du sein par an en France ! Faut-il le rappeler : l’alcool est responsable d’environ 50 000 décès par an dans notre pays, principalement par cancers et maladies cardio-vasculaires. Mais aussi par cirrhose, accident et suicide… Même si la consommation d’alcool a fortement diminué depuis 50 ans, ce fléau français continue de faire des ravages.

 

 

 

Brigitte-Fanny Cohen

 

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