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La blouse à l'hôpital, une histoire cousue de fil blanc

25 juillet 2018 |

Loisirs & Culture
blouse hôpital

Se vêtir est affaire de culture. Même à l’hôpital quand il s’agit d’hygiène et de sécurité. Coupe, couleur, matière… Les modes et les mœurs habillent la tenue professionnelle.

 

Qu’on se le dise : les blouses blanches n’ont pas toujours été blanches. Et la blouse n’en était pas toujours une. Quand l’administration hospitalière se structure au XIXe siècle, c’est encore le noir qui domine. L’hôpital accueille les nécessiteux. Couleur d’ordre et d’honorabilité, le noir est le signe d’une haute tenue morale. Il est porté par les sœurs des congrégations religieuses qui soignent les pauvres depuis plusieurs siècles déjà. Jusqu’en 1905, les religieuses exercèrent leurs activités en milieu hospitalier sans quitter la tenue de leur ordre. Ni la cornette…

 

Pasteur lave plus blanc

L’uniforme s’est imposé plus vite. En 1834, l’Assistance publique exigea que les soignants et les malades portent une stricte tenue réglementaire pour affirmer son autorité et la dignité de ses missions. La blouse devint alors incontournable.

Pour le blanc, il faudra attendre Pasteur au milieu du XIXe siècle. La découverte des mécanismes de propagation des microbes exigea d’appliquer de nouvelles règles d’hygiène. Dont le port de tenues aseptiques, exemptes de tout organisme microbien. Les blouses doivent être couvrantes, changées et désinfectées chaque jour. Mais le blanchissage à 90° décolore toutes les teintures. Symbole de pureté et de bonne santé, le blanc s’impose alors avec la toile de coton, le textile le plus résistant.

 

Toutes les couleurs

Après la Seconde guerre mondiale, les textiles synthétiques font leur apparition. Plus confortables, ils permettent de réintroduire la couleur pour diversifier les tenues.

Dans les années 70, un vent de liberté souffle même sur l’hôpital. Les soignants affirment leur personnalité par les accessoires et la coupe de cheveux. Mais un code couleur finit par s’imposer pour différencier les professionnels et les services.

Le blanc ? Pour les médecins et les infirmières. Le rose ? Plutôt les sages-femmes et la petite enfance. Au bloc, les chirurgiens s’habillent en bleu ou en vert. Sous les lumières du bloc opératoire, les deux couleurs sont moins réfléchissantes. Elles sont aussi plus visibles sur les écrans vidéo.

Accroché au revers de la blouse des soignants, le badge complète la carte identité. Il donne un nom mais aussi un statut ou une fonction : médecin, étudiant en médecine, personnel technique ou administratif…

 

Tunique et pantalon

Aujourd’hui, les couleurs peuvent varier d’un hôpital à l’autre. Mais un corpus de règles d’hygiène, d’ergonomie et de confort encadrent les pratiques.

La tenue de travail recommandée est composée d’une tunique, d’un pantalon et de chaussures silencieuses, antidérapantes et lavables. Pas trop de poches pour ne pas héberger les microbes… Des manches courtes pour se laver les mains facilement… En mélange polyester/coton ou en textile non-tissé pour faire barrière aux bactéries…

Même si la tenue des soignants s’inspire parfois du prêt-à-porter, jusqu’à oser les contrastes de coupe et de coloris pour mettre les malades en confiance, la prévention des risques infectieux prime désormais sur les effets de mode.

 

 Olivier Brovelli

Source : Musée de l'assistance publique - hôpitaux de Paris

 

INSOLITE

Cachez ce rouge…

Les chirurgiens auraient commencé à endosser la blouse verte à partir de la Première guerre mondiale. Le blanc faisait trop ressortir les tâches de sang des soldats blessés au combat. Hors de question qu’on les prenne pour des bouchers !

Couleur complémentaire du rouge, le vert présente un autre intérêt. Exposé à de fortes lumières en salle d’opération, il ne provoque pas d’éblouissement ni d’illusions d’optique comme le blanc.

 

 

TÉMOIGNAGE

 

 Moins de coton, plus de papier 

 

« Quand j’interviens au bloc opératoire, j’enfile un "pyjama" vert. Quand je suis en réa, je porte du bleu. Si je quitte la pièce, je dois obligatoirement me changer pour revêtir une blouse blanche. Les couleurs différentes identifient des espaces de travail différents, imperméables pour éviter la diffusion des germes. En revanche, tous les soignants du bloc ou de la réa portent la même couleur. Peu importe leurs fonctions.

Le pyjama est traditionnellement en coton mais la tenue jetable en papier, à usage unique est de plus en plus utilisée. Certains établissements autorisent parfois à personnaliser un peu la tenue, à la marge. En portant des sabots de couleur, un calot à motifs… Quant à être nu sous sa blouse, soyons clair, c’est un fantasme ! ».

Olivier Darchen

Médecin anesthésiste-réanimateur

Centre hospitalier Edmond Garcin, Aubagne (13)

 

 

 

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