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Infirmier en 2017, le goût des autres

13 juin 2017 |

Métiers de la santé

Plus de 638000 infirmier(e)s(1) exercent aujourd'hui en France, dont près de 110000 en libéral. Chaque année, quelque 20000 diplômés sortent des écoles. En 2017, pourquoi devenir infirmier(e) ou continuer à exercer cette profession ?

Rencontre avec Emma, Lucile et Hélène qui se confient sur leur quotidien. Regards croisés.

EMMA (22 ANS) VIENT DE TERMINER SES ÉTUDES EN SOINS INFIRMIERS

Elle a suivi sa formation dans un IFSI de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.

Ce qui l'a motivée à suivre ce cursus «Une profession où l'on se sent utile, en prenant soin des autres. Ce métier permet d'évoluer, les secteurs d'activité sont vastes... Au fil des stages j'ai pu découvrir différents services (séjour de longue durée, médecine, chirurgie, bloc opératoire, psychiatrie...) et j'ai été tout de suite confrontée à la réalité du soin.»

Mais son regard sur la profession a évolué durant ces 3 années de formation. «Au départ j'étais idéaliste, optimiste... mais la réalité m'a vite rattrapée. De plus il n'y a pas toujours la reconnaissance que j'attendais, tant du côté des médecins que des patients. L’ambiance au sein de l’équipe n’est pas toujours bonne… En 1re année je n’osais rien dire et je me suis parfois demandé si c’était vraiment le métier que je voulais faire… En 3eannée j’ai acquis plus d’assurance mais réalisé aussi  les difficultés qui m’attendaient. Et surtout, avec le recul je me suis rendu compte que je ne pouvais pas tout faire et l’on devient fataliste. L’infirmière a beaucoup plus de responsabilités actuellement. Elle gère les aides-soignantes, le patient et tous les intervenants qui gravitent autour de lui. Il faut aussi suivre les stocks de matériel, la pharmacie. La part de l’administratif est très importante, ce qui laisse moins de temps avec le patient.»

Le manque de matériel est aussi évoqué, « il faut parfois bricoler », ainsi que le manque de personnel (départs à la retraite non remplacés…).

Elle reste malgré tout optimiste.
« Je n’ai aucun regret d’avoir choisi cette profession. Au-delà du soin, ce métier est très enrichissant humainement : j’ai rencontré beaucoup de patients et certaines personnes vous marquent plus que d’autres. Je débute dans ce métier et suis contente d’avoir fait ces 3 années dans de gros établissements parisiens. Par la suite je souhaiterais plutôt exercer dans une petite structure, de préférence en Province. » 

LUCILE (29 ANS) INFIRMIÈRE AU CH DE FALAISE (14) DEPUIS 2008

Ce que l’a motivée à choisir ce métier. Après quelques hésitations quant à son orientation, elle décide de devenir infirmière pour "le rapport à l’autre".

Quel regard porte-t-elle sur sa profession ? Après 6 ans en gériatrie elle exerce actuellement en chirurgie viscérale et urologie. Son constat : « On tend de plus en plus vers un ratio patient/soignant, moins de personnel pour plus de patientsL’infirmière sert de lien entre le chirurgien et le patient à qui elle explique ce qui va se passer lors de l’opération par exemple. Mais j’ai de moins en moins de temps à consacrer à mes patients et leurs familles. » La part de l’administratif prend beaucoup de temps aujourd’hui : « il m’arrive de faire des heures supplémentaires pour pouvoir compléter les dossiers. Nous devons également travailler à "l’économie". Quand nous encadrons des étudiants nous leur expliquons qu’il faut par exemple utiliser moins de compresses et faire les gestes plus rapidement… plus de patients et un temps restreint pour chacun.Il y a beaucoup de pression et une responsabilité très forteIl est loin le temps où l’on pouvait s’accorder quelques instants avec les collègues pour "papoter" sur des sujets plus personnels. »

Lucile remarque également un changement de mentalité chez certains patients qui « se sentent à l’hôtel… sont exigeants, c’est un droit…, et comme ils ne paient pas la facture donc, ils abusent… ».

Travailler dans un « petit hôpital » c’est un plus. « Malgré toutes les difficultés, la reconnaissance des patients et l’ambiance entre les membres de l’équipe me donnent envie de continuer. On se motive entre nous. Un sourire, des rires permettent de faire baisser la pression. Si l’un d’entre nous est découragé, on le soutient. Sur Falaise, tout le monde se connaît, c’est un plus. Je côtoie des patients qui sont déjà venus, et cela crée des liens. Le côté humain de l’activité la rend plus intéressanteJe peux dire que je suis épanouie et heureuse dans mon métier. De plus, j’habite à 5 mn en voiture de mon lieu de travail, donc moins de fatigue. Je n’envisage pas de changer de profession, ni de région ! » 

HÉLÈNE (40 ANS) INFIRMIÈRE À L’HÔPITAL DE LA PITIÉ-SALPÊTRIÈRE EN CHIRURGIE ORTHOPÉDIQUE ET TRAUMATOLOGIE

Elle a toujours travaillé à l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.

Ce qui l’a motivée à choisir ce métier. Elle l’a en fait découvert auprès d’une infirmière libérale. Mais c’est avant tout le désir de « venir en aide à qui en avait besoin ».   

Son métier la fait-il toujours "rêver" ? « Ce qui me fait aller au travail c’est le relationnel avec les patients, les familles et toujours ce désir de venir en aide ainsi que la bonne ambiance avec les collègues, c’est primordial. Mais les conditions de travail se sont dégradées. Avant à l’AP-HP nous avions des horaires fixes, avec des aménagements ; c’était un plus par rapport à la vie de famille. Maintenant on ne choisit plus, il faut "tourner". Avec les horaires décalés et un week-end travaillé sur deux, ce n’est pas évident avec le conjoint, les enfants. Je ne parle pas des transports (grève, trafic…) : moi j’ai 30 mn en voiture quand ça roule bien. Mais le plus difficile c’est cette logique comptable : dans certains services on surcharge l’activité. Le quantitatif prend le pas sur le qualitatif, alors que le patient n’est pas une "marchandise". Le rapport aux patients s’est dégradé : je n’ai plus le temps de dialoguer avec eux et demande aux étudiants de faire des soins le plus vite possible. Tout est programmé et pas de question à se poser. Le manque d’effectifs (dû aux départs non remplacés) est problématique : ce sont les aides-soignantes les plus mal loties. Pas de remplacement, il leur est interdit de prendre des congés de février à juin. Et pour nous, infirmières, le travail s’en trouve altéré puisque nous travaillons en binôme avec elles.

L’administratif occupe de plus en plus de place pour arriver certains jours à passer plus de temps sur la "paperasse"  qu’auprès du patient (identito-vigilance, tenue du dossier de soins infirmiers, déclaration de tous les évènements indésirables…) ; tout comme la gestion des étudiants qui est plus complexe avec le nouveau diplôme. Ils sont très nombreux dans notre service. Il faut fournir beaucoup de justificatifs (en cas de litige). De plus, travailler dans un hôpital universitaire m’oblige à gérer de nombreux intervenants (externes, étudiants infirmiers, élèves aides-soignants, internes…). »

Mais je ne me vois pas faire autre chose qu’infirmière ! « Ma récompense c’est la satisfaction du patient. J’aime expliquer ce que je fais, et si je n’ai pas le temps de voir le patient, je ne suis pas satisfaite de ma journéeEnfin, je ne me vois pas travailler en province. Ici, à Paris, les conditions de travail me semblent meilleures, les postes à pourvoir plus nombreux et les disciplines plus variées. »

(1) Source : Syndicat National des Professionnels Infirmiers – 6 novembre 2016.

Plus d'infos :

Marie-Thérèse Holecek

www.infirmiers.com

1er média dédié aux infirmiers et étudiants en soins infirmiers

Un métier pas toujours valorisé mais très aimé !

91% des Français ont une excellente image des infirmières, selon une enquête menée dans 13 pays pour Connecting Nurses* (une plate-forme de partage mondiale lancée en 2011 avec le soutien de Sanofi).

95% c'est le taux de bonne opinion enregistré auprès des Français par Odoxa**. Si on les aime c'est parce qu'on les juge bienveillants, à l'écoute et compétents : 85% des plus de 65 ans suivent aveuglément leurs conseils.

→8 Français sur 10 les jugent débordé(e)s, 93% estiment que le métier est éprouvant.
→7 Français sur 10 recommanderaient ce métier à leurs enfants.

* étude réalisée entre janvier et février 2015 auprès de 1 500 personnes dans 13 pays.
** étude Odoxa réalisée pour la MNH les 23 et 24 avril 2015 auprès de 1 300 personnes.

Chiffres clés

→Nombre d'infirmiers en France : 638 248
→Exercice libéral : 109 925
→Salariés : 528 323 dont 322 996 en exercice hospitalier
→9,1 infirmiers pour 1 000 habitants en France

La part de femmes parmi les infirmiers (88%) est restée stable au cours de la dernière décennie. 20% ont moins de 30 ans, et 22% plus de 50 ans.

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