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Il y a urgence à augmenter la couverture vaccinale contre les papillomavirus

12 décembre 2019 |

Santé

En 2019, Académies, Collèges, Sociétés, Syndicats médicaux, personnalités médicales et associations ont lancé "l’appel des 50" pour une vaccination universelle contre les papillomavirus, responsables de 6 300 cancers chaque année. Parmi les signataires, le Docteur Joseph Monsonego, gynécologue et président d’EUROGIN (EUropean Research Organisation on Genital Infection and Neoplasia), insiste sur la nécessité d’une politique de vaccination ambitieuse pour les jeunes filles, mais aussi les garçons.

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Le Dr Joseph Monsonego a coordonné les essais cliniques des vaccins HPV en France

Qu’est-ce qui a motivé le lancement de cet appel aux pouvoirs publics ?

Docteur Joseph Monsonego : Les papillomavirus humains (HPV) sont responsables de nombreux cancers et d’autres maladies touchant l’homme et la femme, dont près de 3 000 cancers du col de l’utérus chaque année, ce qui est énorme pour un cancer qui est réputé évitable. La France a récemment prévu la généralisation du dépistage du cancer du col de l’utérus. Le dépistage actuel, non organisé, permet de détecter environ 30 000 lésions précancéreuses chaque année.

En revanche, la couverture vaccinale, de l’ordre de 25 %, bien qu’elle soit remontée très légèrement, demeure encore insuffisante pour espérer mesurer dans les années à venir un impact en santé publique sur la diminution de l'incidence du cancer du col et des autres cancers HPV associés. De fait, on constate en France un décalage important par rapport aux orientations prises dans beaucoup d'autres pays dans le monde.

Comment expliquer le retard de la France en matière de vaccination HPV ?

Les efforts institutionnels d'information et d'éducation existent, mais il y a encore une certaine hésitation vis-à-vis de la vaccination. C'est une maladie que je côtoie tous les jours depuis 25 ans et je sais à quel point la vaccination peut être salutaire, mais pour contrer les préjugés et les idées fausses qui circulent sur le profil de sécurité de ces vaccins, c’est aux pouvoirs publics de s’engager avec plus d’énergie en matière de prévention. Ensemble, il est crucial de rétablir la vérité scientifique, donc la confiance vis-à-vis de ces vaccins actifs et bien tolérés. Toutes les institutions internationales continuent de soutenir cette vaccination dont le bénéfice demeure largement favorable, après plus de 12 ans de mise sur le marché et de mesure d’impact en vraie vie.

Quelles sont les préconisations de "l’appel des 50" pour améliorer la politique de prévention ?

En France la vaccination HPV est déjà recommandée et remboursée pour trois populations : les jeunes filles de 11 à 14 ans (avec un rattrapage possible jusqu’à 19 ans révolus), les hommes homosexuels jusqu’à 26 ans et les patients immunodéprimés. Pour rappel, l’effet recherché est "populationnel" : autrement dit, on vaccine une large population saine pour protéger de la maladie, à long terme, un large public.

Les sociétés savantes signataires appellent à une vaccination universelle, gratuite ou remboursée, sans distinction de sexe ou de risque.

Les jeunes filles avant 15 ans sont certes la population cible idéale admise partout dans le monde, car c’est avant le démarrage de la vie sexuelle, donc de l’exposition potentielle au virus que le bénéfice maximum du vaccin est démontré. Pour autant, dire qu’il ne peut être proposé qu'à des jeunes filles qui n'auraient pas encore eu de rapport sexuel n'est pas exact ! Même si elles ont éventuellement rencontré un des virus HPV, le vaccin aurait au moins pour elles un effet protecteur contre les autres virus.

Pourquoi souhaitez-vous que la vaccination s’ouvre aussi aux jeunes garçons ?

On a ciblé les jeunes filles parce qu'effectivement le cancer du col est le problème de santé public majeur, mais notre couverture vaccinale reste médiocre et le rapport coût-bénéfice très faible. Or, nous pourrions améliorer la situation en mobilisant également les garçons.

De nombreux pays comme la Grande-Bretagne, l’Australie et d’autres ont déjà pris ces dispositions, afin de limiter la circulation du virus, mais aussi et surtout pour une question d’équité.

Céline Collot

Chiffres clés

Chaque année, en France, les papillomavirus humains (HPV) sont à l'origine d'environ 6 300 cancers : col de l'utérus (2 900), pharynx (1 400), anus (1 500), vulve, vagin, pénis (500).

Par ailleurs les condylomes acuminés (verrues génitales) dus aux papillomavirus 6 et 11 touchent environ 100 000 personnes chaque année, hommes et femmes confondus, avec des récidives fréquentes et des traitements ayant un impact sur la vie sexuelle et affective.

29,4 % : c'est le taux de vaccination (première dose) des jeunes filles de 15 ans en 2018 contre 26,2 % en 2017.

 

 

 

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