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Diabète : des chiens en alerte

13 mars 2019 |

Santé
Acadia, chien et diabète

Le meilleur ami de l’homme serait-il aussi celui du diabétique ? Doués d’un flair hors pair, nos compagnons à quatre pattes peuvent détecter les hypo/ hyperglycémies. Un don précieux pour prévenir les crises.

Le diabète a fait irruption dans la vie d’Hugo en plein sommeil, à 14 ans. Coma, urgences, perte de poids, dépression… La vie de la famille Ricci a basculé avec lui. « La nuit, je me levais toutes les trois heures pour scanner sa glycémie puis le resucrer si nécessaire, se souvient Virgnie, sa maman. On en perd son insouciance ».

Puis Medley est arrivé dans la maison comme un rayon de soleil. Un grand caniche plein de vie, joueur et attentif, spécialement éduqué comme chien d’assistance. Medley dort dans la chambre d’Hugo. C’est lui qui réveille la maison quand sa glycémie chute sans crier gare.  C’est lui qui le bouscule gentiment quand la crise point en plein match de foot.

« Hugo a trouvé un compagnon de vie. Il a repris le vélo et la natation. Avec Medley, je le sais en sécurité. Il gagne en indépendance ».

Acadia, asso pilote

Si Hugo a repris du "poil de la bête" aux côtés de son chien, c’est grâce à l'association Acadia. C’est elle qui a formé l’animal à renifler les yoyos de sa glycémie.

Unique en France, l’association est établie dans la Drôme depuis 2015. Deux parents inquiets sont à l’origine de sa création. Chamboulés par la découverte du diabète de leur fils à l’âge de deux ans, Solène et Arnaud ont cherché longtemps comment soulager Théo-Vic. Jusqu’à ce qu’ils découvrent au Canada l’existence d’écoles de chiens spécifiquement éduqués pour détecter les hypo/hyperglycémies. Partis pour ramener un chien, ils ont finalement importé le concept. Un geste altruiste pour aider le maximum de familles.

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Un nez 200 000 fois plus fin

L’an dernier, Acadia a formé ses trois premiers chiens d’assistance - le berger blanc suisse de Théo-Vic, le caniche royal d’Hugo et le berger croisé labrador de Manon. Trois animaux sortis du refuge, entraînés pendant un an par des éducateurs canins bénévoles.

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Mais d’où leur vient cette aptitude salvatrice ? « La science cherche encore, reconnaît Florine Munier, la coordinatrice de l’association. Quand notre glycémie varie, l’odeur dégagée par notre corps se modifie. Les chiens dont l’odorat est 200 000 fois supérieur au nôtre reniflent les composés chimiques volatils présents dans notre haleine, notre sueur. Les chercheurs n’ont pas encore identifié la molécule. On sait seulement qu’un chien entraîné peut prévenir 95 % des crises ».

Formés à "poker"

Eduqués comme chiens d’assistance, les anges gardiens d’Acadia sont formés à une trentaine de gestes spécifiques dont 1/3 en lien avec le diabète. Au moindre signe d’hypo/hyperglycémie, on leur apprend à "poker". Le chien doit donner un coup de museau insistant sur la jambe de son maître qui doit alors contrôler sa glycémie puis compenser en sucre ou en insuline si nécessaire. La nuit ou en cas de malaise, le chien sait appuyer sur un bouton qui déclenche une sonnerie d’alarme dans la maison. Il obéit aussi à la voix quand on lui dit « Va chercher de l’aide ! ».

Peu importe la race : tous les canidés sont doués des mêmes capacités olfactives. Néanmoins, l’association sélectionne de préférence des chiens sociables, âgés de moins de trois ans avec un museau large et le goût des câlins.

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Un médiateur familial

Acadia s’est promis de former dix éducateurs canins et huit chiens d’assistance cette année. Les premiers succès ont suscité de fortes attentes. Plus de 100 familles ont déjà déposé un dossier dans l’espoir d’obtenir un chien gratuitement comme l’exige la loi. De nombreux adultes ont aussi fait de même. Mais l’association cible d’abord les enfants diabétiques de type 1.

« Le chien accompagne l’enfant mais aide également les parents à retrouver une vie sociale et professionnelle presque normale, souligne Florine Munier. Il est un médiateur pour toute la famille. Au-delà de la sécurité, il ramène de la joie et de la douceur dans le foyer ».

Et quid du diabète de type 2, associé au surpoids, à une alimentation déséquilibrée et au manque d’activité physique ? « Les chiens seraient très utiles aussi. Mais on estime que la prise de médicaments et l’hygiène de vie permettent de réguler efficacement la glycémie. Ce qui n’est pas le cas avec le diabète de type 1 dont les crises restent imprévisibles ».

Sans salarié pour l’instant, l’association Acadia finance ses activités grâce à la générosité de fondations, d’entreprises mécènes, de particuliers et de clubs caritatifs. Elle formait jusqu’à présent ses chiens au domicile des parents de Théo-Vic. La commune de Livron-sur-Drôme vient de lui ouvrir les portes d’une ancienne école maternelle. Un vrai coup de pouce pour envisager sereinement la création de la première école de chiens d’assistance pour diabétiques et d’autres antennes en France.

 Et le cancer du sein ?

Le flair d’un chien entraîné peut aussi détecter les composés organiques volatils (COV) libérés par l’organisme d’une femme atteinte d’un cancer du sein à un stade précoce. Infirmière à l’Institut Curie, Isabelle Frometin en a fait la démonstration à partir de lingettes en coton imprégnées de l’odeur caractéristique de la tumeur de patientes volontaires.

Soutenu par une vaste campagne de financement participatif, le projet de recherche KDOG vise à mettre au point un test de dépistage précoce, fiable et facile, synonyme d’une plus grande chance de guérison 

Olivier Brovelli

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