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Décalage horaire et sommeil, les saisons en question

13 mai 2019 |

Santé
changement d'heure, sommeil, décalage horaire

Alors que les sondages et des études scientifiques récentes montrent que les Français dorment moins longtemps et moins bien, la suppression du changement d'heure programmée à l'échelon européen fait monter l'inquiétude d'un cran. 

Claude Gronfier, spécialiste des rythmes biologiques, du travail posté et du décalage horaire et Jacques Taillard, docteur en neurosciences et ingénieur de recherche au CNRS partagent leurs craintes et militent pour le choix de l'heure d'hiver. Explications.

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Claude Gronfier, spécialiste des rythmes biologiques, du travail posté et du décalage horaire au sein du département de chronobiologie de l'unité Inserm 846

 

« Pour la première fois depuis que le sommeil est observé sur le plan épidémiologique, le temps de sommeil moyen nocturne est inférieur à 7 heures » alertent des médecins dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l'agence sanitaire santé Publique France publié début mars. Selon ce rapport, les 18-75 ans dorment en moyenne 6h34 chaque nuit en semaine et 7h12 le week-end. Une inquiétude confirmée par un récent sondage Ipsos-Fondation Adova pour l'observatoire du sommeil dénonçant que le "mal-dormir" ou sommeil non récupérateur touche à présent plus d'un Français sur deux.

Chez les professionnels de santé, cette dette de sommeil creusée par les changements de rythme et de planning augmente d'autant. Leur horloge biologique peut se dérégler plus rapidement que dans la population générale. Des bouleversements qui font sournoisement le lit d'insomnies, voire de dépressions. Pour le chercheur lyonnais Claude Gronfier et Jacques Taillard, l'heure est venue de faire sérieusement le point sur l'impact des fuseaux horaires et les rythmes biologiques pour mieux comprendre les mécanismes et expliquer les conséquences des changements d'organisation comme de l'accumulation du manque de sommeil.

La source des dépressions saisonnières plus fréquentes à l'automne livre selon eux de premières explications. «L'action de la lumière sur nos capacités cognitives et notre mémoire permet de comprendre son action sur notre horloge centrale. Cette lumière permet de la remettre à l'heure et les troubles de l'humeur plus fréquents à l'automne ne sont pas étrangers à ce phénomène biologique,» constate Claude Gronfier tout en soulignant l'impact des contraintes à la fois sociales et familiales. De puissants détonateurs lorsque la fatigue s'accumule.

La ménopause remettrait les pendules à l'heure

La programmation génétique comme les sécrétions du métabolisme auraient aussi une action concrète sur le sommeil creusant l'écart entre les hommes et les femmes. Le rythme de sommeil de ces dernières très représentées dans le clan des "lève-tôt-couche-tôt" change clairement au cours de la vie. «Les différences hommes femmes s'annulent au moment de la ménopause», observe Jacques Taillard. L'équité face au sommeil semble pourtant hors de portée et l'affrontement des experts à l'échelon européen repousse l'accord qui devait mettre un terme au changement d'heures initialement prévu cette année.

Et si le choix entre l'heure d'hiver ou d'été était avant tout une question de santé publique ?

Les experts s'intéressent aujourd'hui aux conséquences sur la santé de la suppression du changement d'heure proposée par la Commission européenne en septembre 2018. Le passage à l'heure d'été qui a eu lieu le 31 mars devait être le dernier, mais cette disparition est finalement repoussée à 2021. L'occasion d'y réfléchir encore, car si les Allemands se sont massivement prononcés pour se caler sur l'heure d'été, nos experts français affichent une nette préférence pour l'heure d'hiver manifestement plus respectueuse des rythmes biologiques notamment pour celles et ceux qui subissent des rotations ou sont soumis à des changements réguliers d'organisation. 

« L'heure d'été toute l'année va nous conduire à nous lever plus souvent en plein jour. Moralement, à long terme nous redevenons tous adolescents ! » alerte Claude Gronfier qui mesure d'autant l'impact pour celles et ceux dont les horaires sont constamment décalés. Ces deux experts déplorent aussi le manque d'études sur les conséquences du manque de sommeil sur la santé des Français. Accidents de la route, problèmes cardiovasculaires, infarctus du myocarde, AVC : les incidences des changements de l'heure d'hiver à celle d'été seraient pourtant multiples. Raison de plus, selon eux, de résister pour ne pas se laisser imposer définitivement l'heure d'été qui augmenterait expliquent-ils « l'exposition des personnes sensibles, dont l'impact pourrait rapidement se faire sentir dans les services de psychiatrie, avec un risque accru concernant très précisément des troubles métaboliques. »

Laurence Mauduit

 

 

 

 

 

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