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Brancardier, un maillon indispensable dans la chaîne de soins

2 mars 2016 |

Métiers de la santé

Un brancardier à l’hôpital n’est pas seulement un "sportif" qui transporte des patients. Il doit aussi savoir leur parler et les rassurer. Ȇtre soignant et communicant.

reportage au CH du Mans.

L’un est plutôt costaud, l’autre mince.
Tous les deux ont une petite quarantaine d’années. Jean-Pierre Nicolas est régulateur expert pour toute l’activité brancardage, Sébastien Mercier, aide-soignant pour le secteur ambulances. Ils sont brancardiers au CH du Mans (CHM) dans le service central du brancardage, dirigé par Marc Desmons, qui comprend 65 brancardiers, dont 23 femmes. Ils ont tous les deux un sourire rassurant, le trait d’humour léger qu’il faut dans les moments les plus délicats d’une vie, ceux où l’on entre à l’hôpital. Le CHM, c’est une petite ville de 1 700 lits et places, dont 643 en gériatrie, et 4 500 professionnels représentant presque tous les corps de métier. Les
565 000 habitants du Mans, de la Sarthe et des départements limitrophes viennent s’y faire soigner.

UN MONDE FOU !

« Le brancardier du CHM est chargé du transport de personnes dans l’enceinte même de l’établissement, entre les différents bâtiments et au niveau du secteur “ambulances”, pour l’accueil des patients arrivant à l’hôpital »indique Jean-Pierre Nicolas. Les transports sont variés. Il faut conduire le patient des urgences vers un autre service, à sa consultation médicale, au bloc opératoire ou à l’imagerie médicale… Et aussi, parfois, transporter un patient décédé à la chambre mortuaire. « Nous sommes les personnes qui connaissons le mieux l’hôpital et tous ses services : pédiatrie, réanimation, gériatrie… et ses corps de métier : secrétaires, infirmières, médecins, directeurs… On côtoie un monde fou et c’est très intéressant professionnellement ! »

BONNES BASKETS

L’hôpital comporte des kilomètres de couloirs. Il est implanté sur une superficie totale de 28 hectares. Le brancardier doit être bon marcheur et d’une façon générale, en excellente forme physique. « Nous faisons de 10 à 15 km à pied pour 20 à 30 transports par jour. On a de très bonnes baskets, plaisante Jean-Pierre Nicolas. Il faut aussi avoir une certaine force physique. Un lit vide pèse 180 kg. Il y a aussi le problème des embouteillages… dans les couloirs. Si l’on s’arrête quand on manipule un lit, le plus difficile c’est de redémarrer, souligne Jean-Pierre Nicolas. C’est l’infirmière du service demandeur qui décide s’il faut un lit ou un fauteuil. On descend les patients au bloc en fauteuil roulant et les remontées dans les chambres se font en brancard. » Les modes de transport se sont modernisés et le service brancardage dispose de deux brancards et d’une chaise électriques pour les patients dépassant les 100 kg. Ces matériels performants ont permis à ce métier de se féminiser, même si certaines manipulations comme celle entre le lit et le brancard ainsi que le montage d’un brancard à l’arrière d’un véhicule TPMR (transport pour personnes à mobilité réduite) restent physiquement difficiles. Un brancardier doit souvent conjuguer la force d’un déménageur à la sensibilité d’un psychologue. « Certains patients âgés viennent de loin et ils sont un peu perdus dans un grand hôpital moderne, alors j’engage la conversation sur leur vie, leurs enfants, précise Sébastien Mercier. Quand on passe dans la galerie d’art on évoque ensemble les oeuvres exposées… »

THÉO EXPLIQUE LES RETARDS

À l’hôpital, le temps, c’est la vie. Le travail du brancardier fait l’objet d’un minutage extrêmement précis. Le service fonctionne 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Chacun travaille 7 h 20 par jour selon 6 plages horaires avec un planning fixé le 15 de chaque mois pour le mois suivant. L’équipe de nuit (5 personnes) ne travaille que la nuit. Une équipe est dédiée aux transports “ambulances”, une autre aux transports “internes”. Elles s’entraident
en cas de pic d’affluence. L’activité est organisée par quatre régulateurs. L’infirmière du service de départ du patient saisit les informations dans un logiciel spécialisé et les envoie au régulateur. Celui-ci distribue les transports entre les brancardiers selon la proximité de l’équipe du point de départ de la mission. Ceux-ci reçoivent les instructions sur leur smartphone : informations sur le patient, transfert de tel service à tel autre, mode de transport, nécessité d’une bouteille d’oxygène, protections en cas de maladie contagieuse… « En permettant de repérer les anomalies et d’avoir la traçabilité des demandes, le logiciel a largement contribué à expliquer
l’origine des retards dans l’acheminement des patients et ainsi les diminuer se félicite Sébastien Mercier. Cela permet de constater que le brancardier n’est pas toujours responsable des retards et les tensions sont
d’autant plus atténuées. »

AUTORITÉ FONCTIONNELLE

En suivant des formations, le brancardier peut devenir ambulancier, aide-soignant ou infirmier. Le régulateur a une autorité fonctionnelle sur ses collègues. Les mentalités ont évolué et l’image du métier de brancardier
s’améliore. Aujourd’hui, devenir brancardier,c’est vraiment un choix. Les brancardiers du Mans s’en félicitent.

signé Nadine Allain

Plus d'infos :

ARTLH (Association nationale des Responsables des Transports et de la Logistique à l’Hôpital)

www.artlh.fr
nous-joindre@artlh.fr

COMMENT DEVIENT-ON BRANCARDIER ?
Le site du ministère des Affaires sociales (www.sante.gouv.fr/brancardier.html) indique qu’il n’existe pas de formation spécifique pour le métier de brancardier et que chaque établissement organise des formations internes. Un agent de service hospitalier (ASH) peut l’exercer. Il est parfois nécessaire de réussir un concours national ou local.

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