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Audioprothèses : quoi de neuf ?

24 octobre 2018 |

Santé
Maud Chanaud, audioprothésiste-audiologiste indépendante

Selon une étude*, plus de 2 millions de personnes ne portent pas d'appareils mais en auraient besoin.

Où en est-on aujourd'hui en matière d'appareillage ? Quels sont les progrès récents dans ce domaine ? Le point avec Maud Chanaud, audioprothésiste-audiologiste indépendante(1).

 

Où en est-on concernant les prothèses auditives aujourd'hui ?

Le secteur des audioprothèses a beaucoup progressé ces dernières années avec le passage de l’analogique au numérique. D’importantes évolutions techniques sont enregistrées tous les 3 ans. Et tous les 6 mois environ apparaissent de petites améliorations techniques.

Quelles ont été les changements les plus importants ?

Les fabricants ont ajouté un traitement du signal en milieu bruyant, c’est-à-dire une reconnaissance vocale dans ce type d’environnement. On pourrait comparer cela à une bibliothèque de sons reconnus qui s’étoffe. L’appareil auditif est capable de reconnaître un nombre de plus en plus important de situations, ce qui lui permet d’avoir un comportement adaptatif et automatique.

Dans le passé, il se réglait avec un potentiomètre. Le patient intervenait manuellement avec un bouton pour changer de programme selon les situations de la vie courante auxquelles il était confronté. Il y a eu ensuite des télécommandes. Les progrès techniques ont permis de s’affranchir de tout cela. L’appareil va maintenant dix fois plus vite que le patient pour reconnaître les situations complexes et s’adapter automatiquement.

Je citerais aussi l’augmentation du nombre de canaux de réglage qui a permis d’affiner la correction des appareils.

D’où vient le problème de résonnance et comment peut-on le régler ?

Il est important de rappeler que la question de la résonnance, c’est à dire la perception de sa propre voix, n’est pas forcément liée à l’appareil mais souvent à un problème de réglage.

Pour autant, il semblerait que beaucoup d’appareils utilisés s’avèrent être en pré-réglage. Cela veut dire que l’audioprothésiste a pris un appareil d’usine et a simplement entré l’audiogramme du patient dans le logiciel de l’appareil. Celui-ci a calculé automatiquement ce qu’il fallait comme moyenne de correction auditive.

Et, généralement, les gens sont sous-corrigés parce que, par défaut, le logiciel va essayer de trouver un réglage confortable mais pas optimum. C’est dommage !

Un nombre important de personnes appareillées sont aujourd’hui sous-corrigées pour ne pas avoir ce phénomène de résonnance. Si elles le sont trop, cela les décourage et elles arrêtent de porter leurs appareils.

Mais l’erreur est de penser que la résonnance vient de l’appareilage. Elle vient en fait de l’adaptation de l’appareil à l’oreille du patient. La seule méthode objective qui existe dans les outils mis à disposition actuellement d’un audioprothésiste est la méthode in-vivo.

Qu’est-ce que la méthode in-vivo ?

Il s’agit d’un système qui consiste à introduire des petites sondes dans le conduit auditif, au moment où l’on introduit l’appareil, pour mesurer ce qui arrive dans la cavité résiduelle – la distance entre le tympan et l’appareil - de l’oreille du patient. Cette distance est propre à chaque personne et à chaque oreille.

Ce travail de mesure nécessite un équipement spécifique coûteux dont ne sont pas encore dotés tous les audioprothésistes. Mais il permet de visualiser précisément ce qui se passe dans l’oreille. On peut ainsi corriger les pics de résonnance pratiquement impossible à deviner avec uniquement un pré-réglage et, en les corrigeant, aller ensuite beaucoup plus loin dans les réglages.

Au Luxembourg, il est aujourd’hui obligatoire de fournir ces courbes pour obtenir le remboursement par la Sécurité sociale.

Quel est le risque de ne pas se faire appareiller ?

Si vous attendez plusieurs années avant de vous faire appareiller, vous allez entendre, mais vous risquez de ne plus comprendre. Et là, l’audioprothésiste ne pourra plus intervenir. C’est ce que nous appelons l’intelligibilité, lorsque le cerveau n’est plus habitué à comprendre. Des études ont montré que s’appareiller tôt permet de gagner 8 ans d’âge cognitif. Ne pas s’appareiller isole mais a aussi d’autres conséquences insidieuses du fait de la surdité. La personne malentendante va trouver tout un tas de raison pour ne plus faire certaines choses sans jamais remettre en cause sa perte auditive.

* Source : DRESS dossier Solidarité et Santé Vivre avec des difficultés d'audition - 2014

(1) www.parisaudition.com

3 points à vérifier avant de choisir son audioprothésiste 

  • Propose-t-il plusieurs marques ?
     
  • Utilise-t-il la méthode in-vivo ? Notez bien que contrairement à ce que pourraient répondre certains professionnels, cette méthode s’utilise pour tous les cas d’appareillages.
     
  • Combien de rendez-vous prévoit-il pour le réglage des appareils ?

Chiffres clés

  • 20 % des personnes ayant des limitations fonctionnelles auditives moyennes à totales sont équipées d'un appareil auditif.
     
  • Plus de 2 millions de personnes ne portent pas d'appareils mais en auraient besoin.
     
  • Les personnes de moins de 20 ans sont plus souvent équipées, à limitation fonctionnelle égale.
     
  • 10 millions de personnes ont des problèmes d'audition soit 16 % de la population française.
     
  • Pour 5,4 millions de ces personnes, il y a des répercussions sur la vie quotidienne soit 8,6 % de la population française.
     
  • Après 50 ans, 1 personne sur 3 a des difficultés auditives, et plus d'une sur deux après 80 ans.

Source : DREES dossier Solidarité et Santé Vivre avec des difficultés d'audition - 2014

Quel est votre parcours ?

J'ai obtenu mon diplôme d'Audioprothésiste D.E. en 2008 à Rennes. Très vite, je me suis orientée vers l'audiologie pédiatrique. J'ai complété avec un DU (diplôme universitaire) d'audioprothèse pédiatrique à Paris Descartes puis un DU d'audioprothèses implantables à Pierre et Marie Curie. Ce diplôme me paraissait complémentaire, car les enfants atteints aujourd’hui de surdité sévère et profonde sont généralement implantés.

Après une première expérience à l'hôpital Necker-Enfants Malades à Paris dans le service ORL audiophonologie, j'ai intégré l'équipe de l'Hôpital Mignot à Versailles puis l'hôpital de la Salpêtrière en réglages d'implants. Aujourd'hui j’interviens à l'hôpital Robert Debré en réglages d'implants cochléaires pédiatriques.

Ces expériences m'ont incitée à devenir membre de la Société Française d'Audiologie qui regroupe des ORL, des orthophonistes et des audioprothésistes pour la prise en charge des patients, mais qui me permet aussi de suivre les évolutions techniques en lien avec la prise en charge de la surdité.

Paquerette Grange

 

 

 

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