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Au CHU de Caen, la pharmacie change de planète

8 février 2019 |

Métiers de la santé
CHU de Caen, pharmacie hospitalière, droïde astromécano

Il range, trie, cherche et surtout trouve le traitement prescrit plus vite que n'importe qui pour les patients plongés dans un univers de 1600 lits et placés répartis sur plus de vingt étages. Habilement baptisé R2 D2, comme le droïde astromécano, que l'on rencontre tout au long de La Guerre des étoiles, le robot apprivoisé par le service pharmacie du CHU de Caen bouscule les habitudes et projette toute l'équipe dans l'avenir. Un futur proche puisque la reconstruction de ce CHU programmée jusqu'en 2026, devrait débuter l'an prochain par la conception d'un nouveau bâtiment entièrement dédié à la pharmacie et à la logistique.

 

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La dispensation des produits pharmaceutiques se réinvente au CHU de Caen 

Avant le lever du soleil, la journée démarre désormais par l'entretien de ce robot devenu en quelques mois l'épine dorsale de l'organisation logistique liée à l'approvisionnement des médicaments dans les services de soin. Au CHU de Caen, rien n'est plus comme avant depuis l'automatisation de la gestion des stocks et la répartition des produits pharmaceutiques. R2 D2 projette toute l'équipe dans un nouvel univers, limitant entre autres, les erreurs de distribution. Au début du mois, il ressort systématiquement les produits périmés parmi les 1200 médicaments et lance l'alerte en cas de rupture d'approvisionnement.

Gestion des stocks accélérée

Voici 30 ans que la chef de service Claudine Hecquard en rêvait. Aux commandes d'une équipe de 21 pharmaciens épaulés par une trentaine de préparateurs, ce CHU forme aussi plus de 600 internes en pharmacie toutes années confondues. Claudine Hecquard insiste d'abord sur le dynamisme de son équipe relancé par ce robot qui améliore déjà le circuit des médicaments dans les services de soin. En facilitant la gestion des stocks, R2 D2 participe aussi au renforcement de la sécurité. Elle place l'automatisation et la robotisation de son service au rang des priorités, et « ce premier investissement accélère les flux et ce processus va se prolonger jusqu'à l'ouverture du nouvel hôpital. Une belle opportunité pour construire l'avenir avec les services logistique et informatique pour un approvisionnement rapide, efficace et sécurisé,» estime Claudine Hecquard.

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Le rythme de la préparation des commandes internes s'accélère

Car RD D2 renforce le travail en équipe. Opérationnel de jour comme de nuit, il entre en action dès 8h30 avec la préparation d'une bonne cinquantaine de commandes urgentes à traiter sans délai. Des opérations rapidement relayées par la préparation des convois à destination de la centaine d'unités de soin englobant les consultations et les hospitalisations de jour. Un nouveau rythme, qui permettrait déjà de gagner 3 heures par jour dans la distribution, avec une meilleure gestion des ressources humaines, explique Sébastien Hamard, cadre de santé du service. Des atouts qui se cumulent aussi dans la distribution des produits thermosensibles.

Pour une distribution sécurisée

La pharmacienne Marie Baudon Lecame insiste sur cette meilleure gestion des insulines, de certains anticancéreux, des antidotes et de tous les produits dérivés du sang. Des produits onéreux dont la répartition directe dans les unités de soin grâce à l'enceinte réfrigérée mobile permet d'économiser 10 000 euros sur le budget. «La robotisation du service offre aussi de nouvelles solutions astucieuses pour optimiser la traçabilité au numéro de lot facilitant notre suivi en cas de problème de pharmacovigilance,» poursuit Marie Baudon Lecame qui souligne l'intérêt de cette gestion instantanée de l'information au coeur du service.

La sécurisation du transport  liée à l’édition d’étiquettes pour identifier précisément le destinataire, le contenu des conteneurs, mais surtout le lieu de livraison au sein du CHU fait gagner un temps précieux.

« Nous pouvons développer les consultations pharmaceutiques et nous concentrer davantage sur la validation des ordonnances avec les médecins en nous déployant dans les services de soins pour faire plus de pharmacie clinique, » confirme Marie Baudon Lecame.

Une évolution qui relance aussi l’intérêt des tâches essentielles réalisées par les préparateurs en pharmacie. En tout début de journée, ils sont à pied d’œuvre pour lancer la production de R2 D2 qu’ils ont désormais entièrement adopté. Nicolas Croix est l’un d’entre eux. « Son aide est devenue essentielle dans le reconditionnement et la vérification des commandes avec les pharmaciens, » souligne Nicolas Croix satisfait par cette gestion des stocks bien plus rigoureuse. En intervenant sur la machine, il apprécie les déplacements plus nombreux dans les services de soin pour les guider dans la nouvelle manière de passer les commandes. Très impliqués dans la mise en place de ce premier automate, les préparateurs seront rapidement consultés sur l’organisation à concevoir pour renforcer les synergies sur la future plateforme qui devrait voir le jour dès 2022. Mais une chose est sure pour le moment : R2 D2 fera forcément partie du voyage pour projeter le CHU de Caen vers un nouvel horizon.

Un nouvel horizon

La reconstruction globale de la pharmacie du CHU de Caen fait partie d’un vaste projet immobilier, figurant au rang des six programmes annonçant le CHU du futur. L’architecture imaginée avec les équipes repose sur de nouveaux process d’organisation pour renforcer les synergies à accroître l’activité. Ce chantier d’ampleur avec la reconstruction du site principal de Caen avec sa haute tour de 86 m qui domine pour le moment le site va s’effacer pour faire place à six secteurs hospitalo-universitaires d’une superficie totale dépassant 110 000 m² pour une capacité d’accueil de 1049 lits et places. Des travaux qui s’échelonneront de 2020 à 2026 pour un montant global de 502 millions d’euros. L’automatisation est au cœur de cette ambitieuse reconstruction du CHU dont la première étape concerne la plateforme logistique et pharmacie.

Des traitements médicamenteux mieux conciliés entre la ville et l’hôpital

Pour mieux faire correspondre les médicaments prescrits habituellement au domicile du patient avec les prescriptions réalisées à l’hôpital, les pharmaciens ont d’abord besoin de temps. En passant moins d’heures sur les opérations de contrôle de gestion des stocks et des flux, les pharmaciens peuvent davantage se déployer dans les services de soins pour se consacrer encore plus à la pharmacie clinique. L’entrée à l’hôpital entraîne des modifications potentielles des traitements habituels. Il s’agit de l’ajout, du retrait ou bien de la substitution d’un traitement avec des produits équivalents. Passer plus de temps avec les équipes de soins facilite le suivi et limite les erreurs. Les pharmaciens comparent les traitements, les prescriptions et repèrent les divergences dont ils informent les médecins. Cette même vigilance est requise à la sortie de l’hôpital pour permettre aux médecins hospitaliers de reprendre connaissance des traitements antérieurs en tenant compte des changements qu’il convient aussi et avant tout d’expliquer aux patients.

Propos recueillis par Laurence Mauduit

Reportage photos Valérie Hue

 

Retour en images 

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Claudine Hecquard qui pilote le service pharmacie du CHU de Caen est à pied d'oeuvre pour que chacun participe à ces évolutions majeures qui révolutionnent à distribution des médicaments.

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Vers une meilleure gestion des stocks y compris des produits les plus onéreux explique la pharmacienne Marie Baudon Lecame

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R2 D2 trie, stocke et projette toute l'équipe dans un nouvel univers

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Sébastien Hamard, cadre de santé du service affirme gagner trois heures par jour dans la distribution

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Quand le robot prolonge la main de l'homme

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Une traçabilité de tous les instants

 

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Une complicité nouvelle entre l'homme et la machine

 

Jennifer, 25 ans, étudiante au Centre de Formation de Préparateurs en Pharmacie Hospitalière (CFPPH) de Metz depuis 4 mois nous livre son témoignage.

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Titulaire d’un baccalauréat scientifique, je voulais exercer dans le milieu de la santé, pour être utile, aider les autres, dans un secteur en constante évolution et parce que j’aime la science du corps humain. J’ai d’abord choisi le métier d’infirmière. Après mon bac, j’ai donc intégré un IFSI, mais après un an et demi de formation, je ne m’épanouissais pas et angoissais même à l’idée d’aller en stage. Durant l’un d’entre eux dans un centre hospitalier, alors que je songeais sérieusement à arrêter cette formation, j’ai pu me rendre à la pharmacie hospitalière et passer une journée avec des PPH.

 

C’est le métier que je veux faire !

J’ai interrompu la formation d’IDE pour intégrer un CFA et préparer le Brevet Professionnel de Préparateur en Pharmacie. Pour exercer dans le secteur de l’hôpital public, il faut ensuite obtenir le diplôme de Préparateur en Pharmacie Hospitalière dans un CFPPH, examen que je prépare depuis 4 mois. Il s’agit d’une formation professionnelle qui se déroule en 1 an, alternant périodes théoriques au Centre de Formation et stages pratiques, dans une pharmacie à Usage Intérieur principalement. Ce qui m’attire dans ce milieu c’est de pouvoir évoluer au sein d’une équipe pluridisciplinaire, le contact avec différents professionnels de santé (IDE, aides-soignants, médecins, pharmaciens…). De plus ce métier a de multiples facettes : gestion des stocks, des commandes, préparations magistrales, hospitalières et de chimiothérapies, formation de stagiaires et de professionnels, conseils aux patients ou aux professionnels de santé…

La persévérance

Alors que je cherchais un maître d’apprentissage pour faire mon année de spécialisation au CFPPH, la réponse était invariablement la même : « Désolé mademoiselle, nous ne prenons pas d’apprenti. Vous devriez déjà trouver un poste en remplacement dans une pharmacie hospitalière et après quelques années, si vous y êtes toujours… demander à votre hôpital de vous financer cette formation. C’est comme ça que ça se passe normalement, mais vous savez, c’est long ! »

La concrétisation du projet

Malgré ces réponses négatives, je n’ai pas renoncé à mon projet professionnel et finalement il se concrétise. Cette petite anecdote pour dire qu’il ne faut pas baisser les bras lorsque quelque chose nous tient à cœur, il faut se donner les moyens et aller jusqu’au bout !

 

 

 

 

 

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